Interview

Cédric Roulliat

Recevez votre formation Photoshop

offerte en créant votre compte F/1.4 rien qu'à vous

13 Minutes

Exifs

Nom / Cédric Roulliat
Age / 40
Localisation IRL / Lyon, France

Style de photo / Mises en scène
Date de début de photo / 2004
Apprentissage / autodidacte
Statut / Auteur Vrai métier / nsp

Photographe préféré / Anthony Goicolea
Chanson préférée / A far l’amore comincia tu
Film préféré / Drop dead Gorgeous
Livre préféré / The Dark Phoenix Saga
Citation préférée / «Femme qui dit tout à son mari, pleure plus souvent qu’elle ne rit»

Une journée type en 5 mots / Bouge pas, je la double

Appareil photo / Canon 5D Mark II Logiciel / Lightroom + Photoshop

Cédric Roulliat

Comment tu as été amené à la photo ?
Je dessine depuis que je suis gamin, je faisais de la BD, j’aimais beaucoup écrire des histoires et développer les personnages. A 17 ans j’ai trouvé dans le grenier le matériel de mon grand-père, il y avait un Canon AE-1 argentique, des optiques, un agrandisseur et du papier photo des années 70. Ca a complètement changé mon approche, car d’un seul coup je pouvais contrôler le rendu de mes tirages.

Tu as appris tout seul ?
Je suis complètement autodidacte, ce qui explique que mes premiers tirages étaient complètement foireux ! Je ne sais pas si certains ont survécu au traitement que je leur infligeais. Je n’ai jamais été très technicien. En revanche ce que j’adorais, c’était les portraits, et en balançant un contraste super fort sur du noir et blanc, ça se rapprochait un peu du cinéma muet avec des yeux très dessinés, des visages très blancs.

C’était déjà de la mise en scène ?
C’était entre les deux, je m’éloignais pas trop du sujet, souvent j’étais jusqu’à la taille, mais l’idée c’était tout de même de créer des personnages. Je ne prenais pas en photo les copines dans la réalité, elles se grimaient en aristo, en geek, en prostituée, etc. C’était il y a 20 ans.

Tes photos étaient en rapport avec ce que tu dessinais ?
Non, pas vraiment, c’était un peu dissocié, surtout au début car je ne dessinais que des super héros. Entre 20 et 25 ans j’ai continué la BD, je bossais vaguement pour des fanzines et autres mais plus ça allait, moins ce que je dessinais me satisfaisait. Comme j’avais un boulot, rentrer le soir et me mettre seul devant une table à dessin me plombait. Donc l’envie de dessiner a commençé à décliner car je voyais que je n’avais pas le niveau, peu d’audience et que j’allais stagner. Je pense que si tu veux vraiment être dessinateur, il faut ne faire que ça du matin au soir.

C’est comme un peu tout métier si tu veux le faire bien et à fond.
Si tu fais une BD de 100 pages tu sais que tu en as pour un an, enfin, moi j’en avais pour un an car je faisais ça à côté. Alors que la photo a un côté sociabilisant pour l’autiste que je suis. Je rencontrais des gens. Il y a des trucs qui se passent, un échange. Tu donnes quelque chose, le modèle donne quelque chose, c’est vraiment plus épanouissant. Il y avait aussi beaucoup plus de réactions à mon travail, ça m’a vraiment encouragé à persévérer dans la photo. Après ce sont des rencontres qui ont été décisives, il y a un moment donné où j’ai carrément arrêté le dessin et les histoires que je racontais en BD, pas celles de super héros du début mais plutôt des histoires de jeunes filles schizo ou meurtrières. Ces histoires, j’ai pu les raconter dans la photo – ça a fait une sorte de synthèse des deux – et j’ai trouvé un medium qui me satisfaisait vraiment et qui me permettait d’avancer.

Depuis quand travailles tu sur ces mises en scène photographique ?
Dans le style que je fais maintenant cela fait 8/9 ans, c’est venu petit à petit. Il y a eu une rencontre déterminante avec un metteur en scène : Camille Germser, qui est aussi de Lyon. Il fait des spectacles avec des filles sur du music hall un peu décalé, complètement inventif, un peu loufoque et à la fois très émouvant. Son univers me parlait tellement que j’ai eu envie de prendre des images de ses spectacles et aussi aussi bosser avec ses comédiennes. Il m’a fait rencontrer plein de filles absolument géniales, pleines de fantaisie et de glamour. En tant que comédiennes, elles comprenaient tout de suite ce que je leur demandais. Ce que je dis peut paraître paradoxal car c’est vrai que sur le rendu de mes images elles sont souvent très figées, et souvent je leur dit d’avoir un masque et de ne pas sourire, ou de ne pas pleurer, d’être toujours dans quelque chose d’hyper contenu et désincarné.

Je suis d’accord avec toi, pour de la mise en scène c’est beaucoup plus sympa de travailler avec des comédiennes.
Voilà, elles ont le sens du langage corporel par exemple. En tout cas pour revenir sur la rencontre avec Camille Germser, il m’a fait prendre conscience que le contexte était vraiment essentiel. Cela se traduit pour moi par le lieu. La première étape avant de planifier une séance est de trouver un endroit adéquat. Et les ¾ de mes démarches reposent sur cette recherche.

Comment trouves tu ces lieux ?
Par tous les moyens possible. Je fais jouer mon réseau au maximum. Je peux aussi envoyer des dossiers en montrant mon boulot, en expliquant ce que je veux faire mais ce n’est pas toujours évident dans la mesure où c’est un travail personnel et qu’il n’y a pas de commande derrière. Mon travail n’a pas de finalité en soit en fait, ce n’est pas pour un magazine ni pour un édito.
Je trouve rarement les lieux par des visites, car les meilleurs sont ceux que personne ne connaît, qui sont cachés. C’est pour cela que le réseau est très important. On me dit souvent : «tiens j’ai pensé à toi pour tel ou tel endroit». Il y a aussi des gens qui me parlent d’un endroit mais qui n’ont pas nécessairement de lien ou de connexion et là j’envoie mon dossier, c’est alors plus compliqué. Assez souvent pour les gens qui t’accueillent c’est du boulot en plus, quand ce sont des lieux publics il faut trouver un moment où il n’y a pas de visiteurs donc souvent c’est la nuit, ou le dimanche, donc il faut que quelqu’un vienne t’ouvrir, etc. …

Les particuliers sont réceptifs à ta démarche ?
En général si les gens acceptent c’est qu’ils ont vu mon travail et qu’ils sont d’accord. Si on me dit : «Peut être que mon appartement ou ma maison pourrait t’intéresser», c’est idéal parce que je sais que ça va bien se passer.
Quand c’est une demande que tu fais toi même, tu as tout les cas de figures. Souvent je me mets à leur place. Je me dis : “Tu as ta vie et tu as quelqu’un qui te demande de mobiliser ton espace pendant une après-midi, est-ce que tu as le temps de le faire, est-ce que tu as envie de le faire ?”
Il ne faut cependant pas hésiter à demander, on est surpris dans certain cas, et ce n’est pas nécessairement les lieux qu’on imagine accessibles qui le sont. Il y a des lieux qui peuvent paraître complètement dingues et inimaginables et il suffit d’avoir quelqu’un en face qui est sensible à ton boulot pour que la demande soit accueillie positivement, et ça arrive plus souvent qu’on ne l’imagine.

Tu dis ne pas avoir de finalité dans ton travail mais je suis sur qu’il y en a une !
La finalité c’est la réalisation, de créer le moment, de créer l’image, un peu comme le peintre son tableau, un sculpteur sa sculpture. Après je cherche bien évidemment à ce qu’il y ait des applications, idéalement des publications, des expos, ou quoi que ce soit, mais même si il n’y en avait pas, je continuerais à le faire car le but premier c’est vraiment de créer l’image elle-même.

C’est quelque chose que tu as envie de sortir…
Voilà c’est ça.

Au niveau de ta démarche est ce que tu peux expliquer comment se passe le shooting d’une de tes photos ?
Une de mes images fétiches c’est celle de la jeune femme en bas d’une montée d’escalier avec un tissu rouge qui fait une spirale, celle que j’ai mis sur la page d’accueil de mon site.
Déjà c’est la chance d’avoir pu accédé à un lieu complètement dingue, le garage Citroën en plein centre de Lyon.
C’est une personne qui savait que j’étais à la recherche de lieux un peu atypiques ou très marqués architecturalement qui m’a dit qu’elle connaissait un contact, et que peut être il y avait moyen d’avoir le lieu en envoyant un dossier. Et ça a fonctionné. En plus j’allais à la fac à côté de ce bâtiment, je n’imaginais même pas rentrer dedans car jusqu’à il y a un an c’était encore un garage avec des voitures qui étaient en réparation, des rampes d’accès, etc. C’était comme le garage Fischer Price grandeur nature.
Ça s’est déroulé en deux temps. Il y a eu une première phase où je suis allé faire les repérages avec mon contact, on a couvert un maximum d’angles et de lieux. Puis, j’ai fait deux séances. La première s’est super bien passée mais j’avais un goût d’inachevé car je n’avais pas tout exploité et donc j’ai demandé à y retourner une deuxième fois. Cet escalier hélicoïdal, très marqué années 30, je bloquais dessus, et j’ai eu l’idée de cette espèce de spirale, en fait une robe infinie qui ne s’arrête jamais. Je fais toujours des petits croquis en préparation. J’ai trouvé la modèle, Julie, je lui en ai parlé, c’était en janvier 2013 et Camille (le metteur en scène) m’a beaucoup aidé – Il avait justement une bande de tissu pailleté rouge de 4 ou 5 m.
On a alors préparé la séance ensemble. On est arrivé un peu avant la modèle sur place. L’une des grosses frayeurs de ma vie a été d’utiliser le pied en perpendiculaire pour pouvoir shooter en plongée directe (trépied pendu au dessus du vide). On l’a gaffé au maximum, j’ai serré 4000 fois les vis , j’avais deux frayeurs, qu’il tombe (et que mon outil de travail se brise) et surtout qu’il tombe sur la modèle – et à 10 mètres ça aurait pu faire très mal. Donc on a bloqué l’appareil, et on a préparé tout la descente en tissu avec Camille, on l’a fait en plusieurs fois pour créer l’illusion d’une très longue traîne, et au dernier moment on a demandé à la modèle de venir tout en bas et de prendre la dernière portion de tissu, et de l’enrouler autour d’elle pour s’en faire une robe.

Quand plusieurs personnes interviennent, comment diriges tu tes acteurs ?
Je pars toujours de la même base, c’est à dire d’un croquis. J’arrive toujours avec des idées précises c’est un point de départ et après ça peut beaucoup, beaucoup bouger. Il se peut qu’une fois sur place tu te rendes compte (même si tu as fait un repérage avant) que l’idée que tu avais en tête ne fonctionne pas du tout. Ca arrive souvent. C’est ce qu’on appelle les fausse bonnes idées. Une idée sur deux est une fausse bonne idée. Tu te pointes, tu essaies le truc et tu t’aperçois que ça ne fonctionne pas. Et après c’est là où l’aspect humain est intéressant car tu n’es pas tout seul, non seulement tu as les modèles mais tu as aussi les maquilleurs, les coiffeurs, des fois des assistants qui me filent un coup de main. C’est toujours mieux de bosser avec d’autres personnes car généralement il y a de très bonnes surprises et d’excellentes suggestions. Ca nous arrive à tous de demander à la modèle de faire quelque chose de précis, et entre deux réglages, elle fait un mouvement et là tu te dis c’est ça que tu veux en fait ! Et pourtant ça n’avait rien à voir avec ce que tu voulais initialement, mais il se passe tout d’un coup quelque chose d’imprévu et c’est ces photos-là qu’on préfère en général parce qu’elles t’ont surpris, tu ne les attendais pas . Chaque personne présente est essentielle, et plus tu avances et plus le détail va prendre de l’importance. C’est là que tu as besoin d’avoir un maquilleur ou un coiffeur, car en général, je suis tellement concentré sur la lumière que je ne fais pas attention à une mèche de travers, ou autre détail qui ne va pas.

Ton attention est plus sur le placement ?
Oui, je commence par caler la lumière, je place les comédiens, je leur demande d’orienter le visage d’une certaine manière, je cale les lumières à ce moment là puis je travaille des variantes de postures, de positionnement de mains, c’est ce qui prend le plus de temps. Ca peut prendre un certain temps, quand tu vois quelqu’un dans la vie sa posture de mains est très naturelle mais dès que tu demandes à quelqu’un de positionner sa main et de faire un délié, le fait de focaliser son attention fait que la position te semble bizarre, alors qu’en fait pas du tout. Après la posture je travaille l’expression.

Que veux tu exprimer avec tes images ?
Si je le savais vraiment et si je pouvais l’énoncer de manière claire je ne ferais pas de photo. Justement ce que j’essaie de mettre en image c’est quelque chose qui ne peut pas être dit. Dans le meilleur des cas c’est quelque chose qui te parle sans que tu saches pourquoi. Quelque chose d’inconscient. Ce dont je suis sûr c’est que j’aime bien les personnages de femmes fortes, parfois assassines. J’aime bien inverser les rôles traditionnels homme/femme, je préfère que ce soit l’homme qui soit un objet.

La place de l’homme dans ton travail est moins dominante
Oui, complètement.

Il est plus là en tant qu’objet, ce sont souvent des hommes sculpturaux, musclés. Pourquoi ? C’est plus pour l’aspect graphique ?
Les gars sont là en tant qu’objet de désir, effectivement. Ils correspondent à quelque chose qui est complètement artificiel. Et encore là, je fais une généralité mais ça ne serait pas vrai avec toutes les images que j’ai faites avec eux. Historiquement si tu regardes l’art classique tu as 90% de femmes nues avec tous les prétextes de la mythologie, etc., et je trouve que c’est pas mal d’inverser les rôles aussi. Ce qui n’a rien de révolutionnaire en soit mais ça correspond aussi à ma sensibilité.

Tu donnes un vrai rôle aux femmes.
Oui, mais si on le dit comme ça, ça a l’air d’être calculé. Pour moi, c’est plus quelque chose d’instinctif. Il y a vraiment une lignée avec toutes les comédiennes d’Hollywood, ça va de la femme au foyer complètement refoulée avec une vie intérieure bouillonnante, où tu sens que ça peut péter, jusqu’à Sigourney Weaver dans Alien. Ce sont vraiment mes héroïnes. C’est ce genre de femmes qui me plaisent.
Et là je rejoins les gens avec qui je bosse. Le point commun est que tous, y compris les gars, ont un sens de l’autodérision. J’aime aussi l’idée qu’il y a quelque chose d’ironique. On peut aussi plaisanter de ce qu’on est en train de faire, de la scène qu’on est en train de mettre en place, ce qui est intéressant c’est donner une petite inflexion ironique dans quelque chose qui est dramatique, ou l’inverse.

Ce qui donne une dimension supplémentaire à l’image.
Oui. Sinon ça serait un peu trop pesant je pense.

Comme c’est très posé, figé, s’il n’y avait pas cette dimension là ce serait peut être trop. Il n’y a pas d’action, il n’y a pas le dynamisme pour apporter une touche de légèreté.
Oui, je pense que l’image risquerait d’être trop prétentieuse dans ce cas et c’est ce qui me fait fuir chez les autres. C’est donc ce que je cherche à éviter à tout prix. Ca reflète aussi l’ambiance détendue sur les séances. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas pour moi ultra important, je vais essayer de pousser mon idée au maximum mais je n’ai pas envie que ça déteigne sur l’atmosphère du shoot, en plus tout le monde est bénévole donc je ne vais pas en plus faire le « casse-couille ».

Tu bosses avec quel type de matériel ?
J’ai un 5D depuis 3 ou 4 ans, je n’ai pas l’intention de changer pour l’instant car il m’a bien comblé. J’ai un seul objectif, le 24/70. En fait ça suffit car je suis toujours à peu près aux mêmes distances. Sinon en général j’ai deux flashs, des compactlite – la technique c’est vraiment pas la chose qui me passionne. Pour moi c’est uniquement le moyen d’arriver au résultat que je recherche.

Comment tu as appris à placer les lumières, etc. ?
Ça fait dix ans que je bosse avec des flashes. Avant je bossais avec des lampes Ikea avec des cous flexibles, de la lumière chaude pas terrible. Les modèles suaient à grosse gouttes, c’était une horreur ! Un jour j’ai vu dans un magasin des vieux flashes d’occasion, c’est là que je m’y suis intéressé. Etre autodidacte c’est pas génial en fait, car tu peux persister longtemps dans des erreurs ou même juste ne pas savoir que des choses existent. Il y a pas si longtemps je ne savais pas ce qu’était un strob, que tu pouvais déclencher un flash à distance. Mais ça m’a aidé à comprendre le fonctionnement et après je me suis renseigné et je me suis équipé. Pour la lumière c’est instinctif, il y a des bases, tu sais qu’une lumière classiquement hollywoodienne c’est un truc de ¾ qui va faire une petite ombre sur le nez, évidemment ça tu le sais mais après dans un décor donné, tu tâtonnes, tu essaies différentes choses car le décor va beaucoup agir sur le rendu général. Parfois je n’ai qu’une seule source et c’est parfait, des fois j’en ai deux. J’en ai rarement plus de deux. Je ne cherche jamais à noyer ou à aplatir le personnage.

Tu shoot toujours en une seule fois où ça t’arrive de faire des montages ?
Dans l’idéal non, mais ça m’arrive de prendre une expression qui est meilleure sur une prise, et de la copier coller sur celle d’après.

Comment se passe pour toi la post production?
De manière très classique, un petit nettoyage sur lightroom, réduction de bruit, luminosité générale, contraste, un peu de distorsion quand je dois le faire et après c’est sur Photoshop. Classiquement j’enlève toutes les prises, les fils qui trainent, tout ce qui distrait l’œil, ensuite je m’occupe du teint des personnages, de la colorimétrie et enfin la luminosité/contraste.

Tu y passes beaucoup de temps ?
Je passe d’une heure à deux heures et demi sur chaque image. Si je sais qu’une image va être tirée en grand je refais tout de même une passe. J’ai une production qui fait que je ne peux pas y passer plus de temps, en même temps je vais au bout de ce que je veux comme rendu. Je ne fais pas de cosméto comme les personnages sont relativement éloignés.

Un conseil à donner au public de F/1.4 ?
Le seul conseil est de bien s’entourer. C’est le seul que je peux donner et qui est valable pour tout le monde, autant humainement que pour le résultat. C’est ultra important de pouvoir compter sur des gens créatifs et compétents, plein de bonne volonté, qui sont prêts à donner du temps pour participer à un projet , c’est la seule chose qui compte.

Merci Cédric !

Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat
Interview Cédric Roulliat

Pages

S'inscrire

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici !

Réinitialisation de mot de passe

Connectez-vous ici !