Interview

Dorothy Shoes

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9 Minutes

Exifs

Pseudo / Dorothy-Shoes
Age / 36 ans
Situation familiale / Libre
Localisation IRL / Paris

Style de photo / Témoignage social et mise en scène plasticienne
Date de début de photo / 2005
Apprentissage / Autodidacte
Statut / Pro, photographe-auteur
Date de début d’activité / 2008

Photographe préféré / Arthur Tress
Chanson préférée / La même depuis au moins vingt-cinq ans : La Quête (Jacques Brel)
Film préféré / Je pourrais dire 37°2 le matin, Le temps de gitans, Killer of Sheep, Le goût des autres, Miracle à Milan ou Bombay Beach mais il y en aurait tant d’autres…
Livre préféré / Celui que je n’ai pas encore ouvert
Citation préférée / «Que vous pensiez être capable ou ne pas être capable, dans les deux cas, vous avez raison.» (malheureusement son auteur est détestable)
Région préférée / Tarapacá
Gourmandise préférée / Tabasco

Une journée type en 5 mots / M’ouvrir à tous les possibles

Appareil photo / Nikon D300, 24x70 2.8
Logiciel / Photoshop

Dorothy Shoes

On sent beaucoup de force et de douceur dans tes photos, dans quelle mesure est-ce conscient chez toi quand tu prépares tes photos ?
Alors je dirais que c’est une conscience d’identité plus que de geste. Une personnalité menée par le bout du nez par ses paradoxes de grande taille. Et forcément la main suit son maître. Je crois que la force est chez moi plus immédiate que la douceur. La douceur prend plutôt des allures de camisole face à ce magma interne qui me cause beaucoup de violentes chutes. Si le corps humain était moins performant je serais tétraplégique depuis longtemps.

ll y a des éléments récurrents dans tes photos, les murs, les traces…peux-tu nous en dire plus ?
Les murs ! Ce sont des personnages à part entière, aller les chercher, les toucher, prendre le temps de caresser leurs aspérités, saluer les fissures est une part de mon travail tout aussi importante que la séance avec le modèle vivant. Dans la rue je suis dans mon élément, toutes mes prises de vue y sont faites et ma quête du mur éternelle. Il n’existe pas de promenade sans que mon regard ne dévie avec systématisme vers les parois alentour. Je le dis souvent mais je tends au maximum à faire beaucoup avec peu et quel meilleur terrain de jeu que la rue ? Il suffit d’éduquer et d’aiguiser son œil pour trouver des tas de formes, matières et couleurs avec lesquelles jouer et composer. D’où en effet la grande présence des traces dans mes photographies. Chacune est une empreinte. Le pipi de chien peut être un élément de décor fabuleux ! Il suffit de le regarder autrement de décoller le connoté et d’en faire autre chose.

Tes photos sont mises en scène, tu viens d’ailleurs du théâtre, certaines mises en scène sont au service d’un reportage et d’autres racontent de petites histoires sont plus au service de tes sentiments, comment choisis-tu tes sujets ?
Les sujets sont simplement ceux qui me touchent pour des raisons parfois très différentes. Le travail que j’ai réalisé en prison par exemple a des racines très anciennes. D’une éducation plutôt rigide et culpabilisante, enfant j’étais persuadée que je ne parviendrais pas à vivre sans éviter la prison. Hé bien c’est idiot mais je n’avais pas tort puisque je suis beaucoup intervenue en détention et y retournerai d’ailleurs en février prochain. Plus sérieusement nous avons tous un bagage plus ou moins complexe qui participe à nous dessiner d’une certaine façon. Bien sûr nous vidons certains de ces bagages au profit de nouveaux, mais nous sommes pétris de stimulis anciens qui agissent comme guides, la plupart du temps à notre insu.
Sinon, je fonctionne beaucoup à l’intuition et aux coups de cœurs comme pour TAPS. Quand j’ai découvert Atacama et Humberstone j’en suis immédiatement tombée amoureuse. L’envie concrète d’y réaliser un projet photographique ne m’a demandé que quelques heures. Mais la ligne de mon travail est d’abord l’engagement humain envers les minorités sociales et les oubliés.

Peux-tu nous parler de la série Dystopies ?
Monologues & Dystopies n’est pas une série à proprement dit, j’ai démarré la photographie fin 2005 et n’avais pas l’idée de ce qu’était une série ni sa construction. Je faisais des images, les une après les autres sans aucun tuteur d’aucune sorte. J’ai donc ouvert une sorte « d’onglet » pour mes photos orphelines qui a pour titre « Monologues & Dystopies ». Je n’ai pas choisi ce nom par hasard et il me semble correspondre à son contenu.

Tu as gagné très vite des prix importants, qu’est-ce que cela t’a apporté ?
Des rencontres, de la visibilité mais surtout du crédit. Nous sommes si nombreux à être « photographes » que le label d’un prix remporté donne forcément du gain d’attention. Ce qui d’ailleurs est tout aussi compréhensible que regrettable.

Peux-tu nous raconter ta rencontre avec Django et surtout nous parler de la série qui en a découlé ?
Là encore un coup de cœur d’abord. Je donnais des ateliers photo en prison, et soudain sur les coursives, Django est apparu. Un gros bonhomme solaire avec un sourire plus grand que son tour de taille, j’ai bondi ! Django ne faisait pas partie de mes workshops et était là pour une broutille, je lui ai tout de suite demandé quand je pourrai le voir sans les barreaux, il m’a appelée un mois après cette rencontre. Au départ je souhaitais réaliser une image unique (certainement pour Monologues & Dystopies justement) traitant de la ségrégation des personnes obèses mais quand je suis arrivée chez lui, sur son camp j’ai découvert sa famille de communauté gitane entourée de caravanes. Et là, poussée par la nouvelle chasse aux sorcières de notre gouvernement à la fin de l’été 2010, j’ai proposé à Django et sa famille de leur prêter ma voix photographique pour résister à ces nouvelles mesures terrifiantes. Je suis allée les voir pendant un an sur leurs différents campements passer des journées avec eux, c’est cette rencontre que je raconte dans le livre.

Dj

Une autre rencontre va donner un travail de reportage sur un lieu particulier, la ville de Humberstone au Chili, comment as-tu réussi à emmener Hector Castro dans ton univers ?
Hector, mon si cher Hector… Je l’ai rencontré en chair et en os seulement quelques jours avant les prises de vue à Humberstone. Après des mois de bouteilles à la mer, ne connaissant à l’époque personne au Chili, c’est une merveilleuse histoire de taxi et de providence qui m’a menée sur sa piste. Nous avons beaucoup échangé par mail, je lui envoyais des croquis de photos que je souhaitais réaliser mais c’était plutôt très sommaire puisque je n’étais pas encore allée à Humberstone. Hector, fils de pampino qui avait vécu tous ses étés dans la salitrera était partant pour tout. C’était merveilleux. Vraiment merveilleux. Rien ne lui faisait peur, travailler 6 à 8 heures par jour sous un soleil de désert, ramper au sol, être enfermé dans un tube d’acier, sauter inlassablement sur le sol brûlant….Et tout cela à 75 ans. Hector c’est le Jean-Paul Belmondo chilien, un expert en cascades !

Ces deux séries nous montrent la part importante de l’humain et de la rencontre dans ton travail, sur tes autres séries les modèles prennent-ils part dans le résultat final de tes photos ?
La plupart du temps je sais exactement ce que je désire réaliser. Mais oui c’est vrai qu’il arrive aussi régulièrement que je laisse apparaître ce qui est, ici, maintenant, devant moi, avec la personne qui pose à ce moment là pour moi, délaissant alors ce que j’avais imaginé. Je ne veux et ne peux en aucun cas faire taire l’autre. Qu’une base soit définie est, je le crois, nécessaire à mes prises de vue, comme un starter, mais je suis toujours assez éblouie quand les choses m’échappent et que l’on me propose autre chose. Mais avant et plus que tout mes photos bénéficient de leurs auras. Et je n’ai pas d’assez grand merci pour ça. C’est un cadeau chaque fois que l’on accepte de poser pour moi. Et je suis pourrie gâtée !

Dans le cadre de la photographie tu fais aussi de l’art-thérapie, cela a donné d’ailleurs naissance à une série qui a remporté les prix de la Bourse du Talent Portrait et Parole Photographique : Et demain ? Portraits d’Avenir. Peux-tu partager avec nous l’histoire de cette série ?
Je n’ai pas terminé mes études d’art-thérapie pour la simple et unique raison que l’apprentissage théorique m’a semblé ridicule dés les premiers instants pratiques en clinique psychiatrique. Je ne suis donc jamais intervenue en prison ou ailleurs en tant qu’art-thérapeute. Je garde l’idée de la thérapie par l’art et ne la rejette pas du tout mais finalement l’art tout autant que la cuisine, les animaux, l’écriture et pourquoi pas les piscines à balles si elles font du bien. L’important c’est ça : faire du bien. En prison donc, je suis intervenue en tant que photographe avec des outils que j’espère utiles aux personnes détenues. Les moments d’enfermement condamnent les prisonniers à l’expression minimum, ces ateliers leur permettent de réfléchir et d’échanger autour de leur situation passée, présente et à venir.
J’articule au maximum nos séances vers l’avant et le devenir d’où le titre « Portraits d’avenir ». Cette série présente leurs autoportraits dessinés sous forme de masques dans la projection de leurs sorties de prison. Nous avons beaucoup exploré cette perspective. Vous sortez demain, que se passe-t-il ? Quelles émotions cela génère en vous ? C’est à leur contact que j’ai découvert que la sortie de prison n’était pas un sujet si simple et est parfois une source d’angoisse pire que celle de l’enfermement, où bon nombre d’entre eux trouvent leurs repères et y construisent une véritable vie sociale rassurante et souterraine.

La série ColèresS Planquées qui est exposée actuellement à Aix et à Vendôme te touche plus personnellement que les précédentes, comment en as-tu abordé la réalisation ?
J’ai d’abord travaillé avec les images d’Epinal liées à la sclérose en plaques. Quand je parle d’images d’Epinal j’entends les images que l’on se fait de cette maladie pourtant si protéiforme. Je ne dérogeais pas à la règle. Je me suis donc au départ tournée vers les jambes, celles que l’on peut perdre au fur et à mesure, le fauteuil roulant etc.. Mais au fur et à mesure de la série, j’ai traité d’autres symptômes que je connais bien mais que beaucoup ignorent comme les névrites optiques ou les fourmillements permanents par exemple. Enfin ces photographies évoquent également des traumas que je n’ai pas encore côtoyés car bien que cette série puisse paraître très intime, je ne souhaite pas qu’elle devienne un dialogue avec moi-même. Quand vous êtes touché par la maladie il y a un phénomène d’écho auquel vous ne pouvez échapper. Tout devient domino et ricochet. C’est comme si la maladie s’agrandissait et ses représentations se multipliaient.

Sur cette série tu n’as pas épargné tes modèles, entre froid, pluie et animaux en tout genre, peux-tu nous raconter quelques anecdotes et difficultés rencontrées ?
Je n’ai pas épargné mes modèles, c’est vrai, mais concernant la petite ferme tropicale j’ai tout testé sur moi avant les prises de vue. Les vers de terre par exemple ont une consistance que j’ai trouvé très agréable, je sais aussi désormais que pour chanter les grillons doivent être au minimum de taille 7 sinon ils restent muets et puis hors saison les fourmis c’est hors de prix. Je crois que le nu le plus extraordinaire auquel ma modèle et moi avons eu à faire, enfin oui bien sûr surtout elle, c’est cette prise de vue en plein milieu d’après midi au centre d’Issy-les-Moulineaux. Ça commençait déjà de manière assez absurde : j’avais acheté un paravent en Allemagne pour être plus vite livrée. Arrivé dans les délais, si ce n’est d’en face, au moins sur chaque côté elle sera protégée. Hop on peut y aller ! Malheureusement une fois arrivées le mur élu est trop court, on doit déménager. Un peu vite je trouve une porte en métal bleutée. Malheureusement en face il y a une quarantaine de fenêtres sans volets. Malheureusement le nu est intégral. Malheureusement, une fois le carton du paravent déballé, je trouve une armature d’un métal plus que léger, branlante et déboitée. Les pans de tissu, eux, sont d’un blanc odieusement transparent. Malheureusement en plus, il y avait du vent. Mais parce que Fanny est encore plus formidable que tous les prévus, ce chapitre est.

Merci Dorothy !

Actualités de Dorothy-Shoes

ColèresS Planquées actuellement à la Triennale d’art contemporain de Vendôme jusqu’au 31 octobre et à la galerie Zola (cité du livre) pour les regards croisés franco-japonais jusqu’au 31 décembre à Aix en Provence. Et sera de Janvier à Mars à l’ICM de la Pitié Salpétrière à Paris en partenariat avec l’Arsep.

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