Interview

Julie Poncet

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9 Minutes

Exifs

Nom / Julie Poncet
Age / 32
Situation familiale / En couple
Localisation IRL  / Paris

Style de photo / Bonne question, certains me caseraient dans la mode, d’autres en conceptuel, mais je dirais mise en scène
Date de début de photo / 1995 !! Gros trou à cause des études, du boulot… et retour en 2010
Apprentissage / Autodidacte
Statut / Auteur
Date de début d’activité / 2014

Photographe préféré / Un seul ? Erwin Olaf, Mac Adams, Alex Prager, Wing Shya et Gregory Crewdson
Chanson préférée / Aucune, je ne suis pas très musique
Film préféré / In the mood for love
Livre préféré / Les identités meurtrières d’Amin Maalouf
Citation préférée / Aucune qui ne me vienne
Région préférée / Je pars en Nouvelle Zélande dans 2 mois, je vous dirais en rentrant
Gourmandise préférée / Le chocolat

Une journée type en 5 mots / trépied, cadrage, maquillage/coiffure/stylisme, retardateur, allers-retours

Appareil photo / Canon, 6D, 50mm1.4, 24-105L, 30 sigma, 10-20 sigma, un lensbaby, un 90TSE et un 200mm auquel je ne touche jamais. J’allais oublier, mon sténopé fait main !
Logiciels / LR et Photoshop

Julie Poncet

On ressent que tes cadrages sont très précis. A quel point les travailles-tu ?
Lorsque je travaille dans un décor que je connais ou que je créé, j’imagine les cadrages avant la prise de vue, bien souvent la nuit au lieu de dormir. Après au réveil je suis bien souvent obligée de m’adapter à la réalité et je tourne, je tourne, déplace, me baisse, jusqu’à obtenir l’angle et le cadrage qui me conviennent. Si je ne connais pas les lieux avant, comme en expédition urbex je me laisse porter. Avoir fait un peu de photo d’archi m’oriente beaucoup dans le choix de mes cadrages.

Ta série sténocorpées est différente de ce que tu as pu faire avant. Déjà pour l’utilisation d’un sténopé, du noir et blanc et aussi par le fait que seul ton corps est mis en scène. Quelle est l’origine de cette série et que réveille t-elle en toi ?
A l’origine de cette série, il y a un dossier collectif sur le sténopé, avec des amis. Il me manquait des images pour compléter ma partie. Un soir, je regardais une photo de Tono Stano et là ça a fait tilt, j’avais envie de voir le résultat en sténopé. Je me suis relevée (2h du mat’ normal) et j’ai fait ma version. C’était la première fois que je faisais du nu. Le rendu m’a plu, et j’ai eu envie d’explorer plus en avant. Les quelques prises que j’ai pu faire ensuite ont entraîné un dialogue avec le travail de Louis Blanc, qui fait lui aussi des autoportraits en nu, mais bien plus contorsionnistes (son site n’a pas l’air de marcher je mets le lien fb). De fil en aiguilles, les sténocorpées sont nées.
Après, ce que la série réveille en moi, je le garderais pour moi, je suis encore en pleine assimilation je ne saurais l’exprimer ici.

Tu mélanges souvent la féminité et les décors froids voir abandonnés. Que cela veut-il dire ? Est-ce pour réaliser un contraste ?
L’influence d’Erwin Olaf y est sûrement pour beaucoup. Ce sont tout d’abord les lieux qui m’interpellent. Avec « Lost » j’imagine des histoires qui peuvent mener ces femmes dans cette situation d’isolement. Ce sont la tristesse et la désolation qui priment. Pour « comme un poisson … dans son bocal », les lieux et les cadrages s’imposent. Le personnage tente juste de s’incruster, de se fondre dans le décor, de s’y caser, comme un tableau ou un bibelot.

Tu as lâché ton travail pour vivre ta passion de la photo. As-tu eu peur de ce changement de cap ? Comment as-tu pris cette décision importante ?
Je n’ai pas simplement lâché mon travail, ça a été un changement complet de vie avec notamment mon retour en France. La photo a pris de plus en plus de place, et j’ai décidé d’y consacrer plus de temps pour voir. Il y a forcément de l’appréhension, mais aussi un tel soulagement d’avoir tourné la page, que je ne reviendrai pas en arrière.

Tu commences à exposer. Peux-tu nous raconter ta première expo “importante” et qu’est-ce que cela t’a apporté ?
Ma première expo s’est déroulée dans le cadre de Phot’Aix, un festival photo organisé par la Fontaine Obscure à Aix-en-Provence. J’avais envoyé un dossier de candidature sur le thème : le nu vu par les photographes femmes et j’ai finalement été retenue dans le choix des galeries. Du coup, j’ai eu la chance d’exposer dans la galerie Franck Marcelin pendant un mois.

Beaucoup de ton travail se porte autour de l’autoportrait. Pourquoi ? Est-ce un besoin de te mettre en scène ou cela est-il plus facile que de travailler avec des modèles ?
Au départ j’ai commencé par la photo, disons, de studio avec des modèles. Puis les projets devenant plus extravagants, les modèles pas toujours disponibles au moment où j’avais envie de shooter, j’ai commencé à faire de l’autoportrait. Et puis je me suis rendue compte qu’il était plus facile pour moi de réaliser mes projets personnels toute seule. Je n’ai pas besoin d’expliquer le rendu que je souhaite, je suis toujours d’accord avec moi-même, je peux bosser au moment où j’en ressens l’envie, je n’ai pas de contraintes horaires autre que celles de la lumière. Et surtout, je travaille mieux, je ne me presse pas, je fais les choses à fond. Je travaille tout de même en collaboration sur certains projets, mais je sais exactement avec qui je peux le faire.

Tu as fait du nu dans tes autoportraits mais aussi avec des modèles, dans un cas comme dans l’autre est-ce une démarche facile, naturelle ?
Si j’ai fait une série en nu, l’idée n’était pas de faire du nu à l’origine. Simplement les poses que j’avais en tête nécessitaient d’être nue. Quelque part, la série qui s’est déroulée sur plusieurs mois, montre l’évolution que j’ai pu avoir par rapport à mon propre corps mis en scène. J’ai exploré des poses plus «risquées» avec le temps. C’est devenu plus facile.
Sinon je n’ai fait qu’une autre séance de nu avec une modèle, une amie, à sa demande. Et j’avoue que ce n’était pas facile, j’étais un peu perdue, c’était un exercice nouveau. Comme faire le portrait de quelqu’un qu’on ne voit pas, parce que ce corps-là vous ne communiquez pas avec lui. L’intimité, la proximité qui vous permettrait de le faire n’ont pas lieu d’être durant la séance. Alors c’est un peu un dialogue muet quand on ne parle pas la langue des signes.

Pour la série Wallflower, peux-tu nous expliquer comment les décors ont été réalisés ?
Wallflower m’a demandé pas mal de préparation et a beaucoup évolué en fonction de ces préparatifs. L’idée de base était de recouvrir tout le décor avec la même tapisserie. Mais après réflexion il me semblait plus simple de tout emballer dans du tissu.
Avant de passer la commande j’ai mis en scène le décor pour voir combien de mètres seraient nécessaires à la réalisation. Mon estimation s’élevant à 25 mètres j’ai un peu revu à la baisse mes prétentions en matière de choix. J’ai testé les photos d’échantillons en ligne pour voir ce que je pouvais en tirer en post-traitement, je voulais quelque chose de très coloré, qui se rapproche des vieilles tapisseries. Mais les tissus les plus abordables et pas trop épais (ni transparents!) étaient des tissus bicolores. J’ai pris le moins cher du lot : un tissu vert et blanc, sacrément moche. Ce qui finalement m’a obligé à en tirer parti dans la série.
Ensuite il n’a fallu qu’un peu de patience et un gros stock de scotch : 2 jours pour emballer tous les éléments du décor. J’avais tout ce qui était mobilier, j’ai juste acheté un téléphone, une théière et une tasse au bric à brac. Une bonne journée pour réaliser les fleurs en papier mâché. 2 jours pour faire la robe, avec un gros coup de main de ma grand-mère pour l’assemblage. Et encore 2 jours pour tout remettre en état après les séances (oui le double-face ça fait des traces sur le sol!).

Comment trouves-tu tes décors ou lieux de shooting ?
Je travaille beaucoup avec ce que j’ai sous la main, à la maison. Quand j’ai le début d’une idée, j’essaie de voir si je peux la caler dans la maison, ça m’aide beaucoup à la peaufiner. Sinon je passe en revue les lieux que je connais et si je n’ai rien, je garde l’idée dans un coin pour plus tard.
Pour ce qui est des lieux urbex, le hasard des rencontres.

Qu’est-ce que ta première expo à Phot’aix t’a apporté ? Est ce que ça t’a donné envie de continuer ? Quel plaisir as-tu eu en partageant ta série avec les visiteurs ?
Du stress!! Quoi? Il faut imprimer les photos? Quel format? Quel papier? Un encadrement? Bref plein de questions auxquelles je n’avais jamais pensé et un bon apprentissage sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour tirer ses photos, mais aussi en amont dans la sélection des images. Penser à ce que ça peut donner une fois exposé : la mise en place, le rythme, l’histoire que l’on raconte. Du coup ça m’aide à mieux penser en amont mes photos : cadrages, points de vue. Les histoires que j’essaie de raconter sont mieux construites visuellement dans leur succession, comme si je faisais une BD
Après, l’expo en elle-même, je ne pouvais pas réaliser l’accrochage, donc j’ai eu la chance de m’éviter tout ce stress et découvrir le superbe travail qu’avait fait Franck Marcelin avec mes images dans sa galerie. C’était un peu comme ouvrir un paquet cadeau.
Et puis là ça va très vite, il y a du monde, on ne réalise pas bien ce qu’il se passe. Les gens posent des questions auxquelles on ne s’attend pas, nous surprennent par leurs remarques et on est touché. A ce moment-là ce qui est bien, c’est de prendre un moment pour juste regarder ce qu’il se passe, réaliser et mémoriser.
Après phot’Aix, c’est les parcours, la découverte d’autres univers, les échanges avec les autres photographes exposants ou visiteurs, ça fait le plein d’énergie et donne l’envie de continuer.

Pour ta série Sténocorpées, n’était-ce pas difficile d’exposer des photos de toi nue (même si on ne voyait rien) devant les visiteurs ?
C’est la première question qu’on m’a posée avant que l’expo ne soit montée. Je n’y avais même pas pensé et le jour J, je n’y pensais plus non plus. Les sténocorpées permettent vraiment d’oublier le nu, voire le corps. Et finalement j’en montre moins que dans mes autres autoportraits.

Peux-tu nous raconter l’histoire et le déroulement de la séance de l’une de tes photo préférée ?
Peut-être les diaboliques.

Je souhaitais faire un diptyque à la manière de Mac Adams dans sa série «The Mysteries» : une même scène, vue de 2 angles différents, la 1ère photo présentant une scène de vie relativement banale et anodine, la seconde bouleversant la lecture faite de la 1ère photo, invitant le spectateur à se raconter une histoire.
Inspiré du film de Clouzot, j’avais mes 3 personnages : l’épouse battue, la maîtresse manipulatrice et le mari victime/bourreau/cadavre. Je pouvais faire les 2 personnages féminins si une des 2 femmes gardait son visage hors cadre, et demandais à mon frère de jouer le cadavre. Le visuel s’est construit à partir de cette première contrainte : une femme visible seulement. Deuxième élément : le cadavre ne doit pas être visible sur la 1ère image, la scène de vie doit être anodine. Troisième élément auquel je tenais : on doit pouvoir comprendre que la femme est battue, mais pas du 1er coup d’oeil, d’où les lunettes noires.
Pour ce qui est des tenues, j’ai un stock de tenues rétro, je pioche dedans en fonction des couleurs du décor. Pour le décor, un tour au salon suffit à fixer la mise en scène.
Le jour J, je sors le boîtier et le trépied et je fais quelques prises au retardateur en jouant les différents personnages, bouge un meuble ou deux, pour bien caler le cadrage. Je rajoute un peu de contexte : bouteille, verre.
Je pars me changer, me faire un joli coquard. Dès que le soleil est en place, je préviens mon figurant de se tenir prêt. Je fais les prises de la 1ère image, donc pas mal d’allers et retours pour vérifier le rendu. Ensuite, changement d’angle, mon figurant a disparu. Pas grave je peux avancer encore un peu toute seule : je continue, avec les poses du 1er personnage, changement de tenue, toujours pas de trace du figurant, je fais les poses du second personnage, en vérifiant que personne ne s’entrechoque pour le montage final. Ne reste plus que le cadavre et mon frère n’a toujours pas réapparu. J’abandonne alors l’idée de la figuration, j’enfile costume et des chaussures en 42 en essayant de me faire plus costaud que je ne le suis et je joue au mort.
Une dernière vérification de la cohérence des images. Je ne bouge pas le boîtier de place au cas où, je passe sur l’ordi, fais les 1ers tests de montage. Ca roule, je me lance dans le traitement toujours en costard, avec mon coquard et oublie le matos jusqu’à ce que mon estomac me rappelle à la réalité.

Pourquoi travailles-tu en série ? Qu’est ce que cela t’apporte ?
En y réfléchissant, je réalise deux sortes de séries. Des séries narratives, je raconte une histoire, mais je ne peux pas tout dire en une image, alors je déroule l’histoire dans la série. Et des séries plus thématiques, où l’idée est déclinée en plusieurs photos. Souvent dans ces cas-là j’ai une image qui s’est imposée à moi. Je m’oblige alors à réfléchir en série. Pourquoi l’idée m’est-elle venue? Qu’est-ce qu’elle veut dire pour moi? Qu’est-ce que je peux en dire? Je tiens alors un fil directeur et les photos gagnent en force.

Dernière question : pourquoi le rouge ?
Parce que j’aime pas le bleu!

Merci Julie !

Interview Julie Poncet
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