Interview

Fréderic Briois

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Exifs

Nom / Briois Frédéric
Age / 47 ans, hé oui déjà…
Situation familiale / Marié 2 enfants
Ville / Boulogne-sur-Mer

Style de photo / Reportage — Portrait — Paysage — Animalier
Début de la photo / Il y a 20 ans.
Apprentissage / Autodidacte
Statut / Auto entrepreneur/Auteur
Début Activité / 2012

Photographe préféré actuel / Steeve Mc Curry sinon Man Ray
Chanson préférée / Fly me to the moon Film / La liste de Schindler et dans un registre différent Les tontons flingueurs
Livre préférée / La grande course de Flanagan
Citation / C’est au pied du mur qu’on voit mieux le mur. (D’après un disciple de Confucius un peu myope)
Région préférée / Toutes, l’essentiel est qu’il y ait une lumière et des hommes.
Gourmandise préférée / Celle que l’on partage.

Journée type / Famille — Photos — Lumière — Famille - Photos.

Appareil / 7D — 7D Mk II — 20D
Logiciel / Lightroom.

Fréderic Briois

Tu fais de la photo essentiellement de la Côte d’Opale et de la Baie de Somme, as-tu toujours vécu dans cette région ?
Non je suis originaire du Pas-de-Calais mais j’ai vécu dans différentes régions de France mais également aux Etats-Unis.

Tu aimes prendre des photos dans des conditions difficiles, aurais-tu un côté casse-cou ?
Je pense que si je me faisais psychanalyser effectivement, on me découvrirait un côté « aventurier » mais en réalité j’aime surtout être au contact de la nature et des hommes, pour cela il me faut être au plus proche et prendre parfois certains risques, mais l’on n’a rien sans rien sinon restons chez nous à regarder Geographic Channel.

Un de tes sujets de prédilection ce sont les photos de tempêtes, cela te demande de prendre quelles précautions ?
Tout d’abord ne jamais partir sur un coup de tête sans prévenir où l’on va. Ensuite c’est une étude fine des conditions météo. Vitesse, sens du vent, luminosité, marnage . Ensuite je suis équipé en conséquence d’un point de vue vestimentaire . Mais c’est surtout du bon sens et une question d’habitude sans tomber dans la facilité et la nonchalance. Une photo ne vaut pas une vie.

Tu as déjà fait un livre « Pêcheurs de Vagues » et une exposition « Le chant des cirés » grâce à tes nombreux clichés réalisés en partant en mer avec les pêcheurs, et tu continues à partir encore et toujours, c’est devenu un besoin, une passion ?
Oui l’un et l’autre, partir en mer me « ressource », m’apaise et j’en ai besoin, après, on ne peux pas connaitre le métier de ces hommes si l’on reste sur le quai. Il me faut m’immerger dans leur monde, les côtoyer, vivre cette aventure humaine pour mieux la transcrire et la partager. Mais pour réussir cette aventure j’ai avant tout besoin de ma famille, les sentir solidaire avec mes envies et mes besoins. Sans l’approbation de mes proches je ne pourrais pas faire ce que je fais. Ma femme et mes enfants m’accompagnent à bord par l’esprit, c’est eux qui me font tenir quand je suis malade à bord. C’est ma liberté d’esprit pour vivre cette passion.

Tu as l’occasion de faire des photos aériennes également, peux-tu nous en dire plus ?
Je survole régulièrement la côte pour prendre bénévolement des photos sur le recensement des phoques et l’évolution des bancs de sables par rapport à différents travaux côtiers. J’en profite donc pour faire des compositions photographiques plus personnelles comme pour celles prises lors du tournage d’une émission Thalassa consacrée à la Baie de Somme.

Qu’est ce qu’il t a fallu apprendre à bord pour réussir des clichés qui nous donnent l’impression que tu fais parti de l’équipage ?
Et bien justement le fait que je ne fais pas parti de l’équipage. Je suis un privilégié, les marins me font l’honneur de m’accepter , il n’y a donc pas de jugement de part et d’autre. J’ai donc du apprendre à être présent sans y être vraiment. Il me faut me faire oublier, faire partie du matériel tout en étant le plus proche de l’action. Je ne demande jamais aux marins de poser, de recommencer un geste. C’est à moi de m’adapter pas à eux. Il me faut donc analyser très rapidement les scènes, anticiper leurs actions et mémoriser le travail d’une marée à l’autre sans les gêner, car il ne faut pas oublier que c’est un des métier les plus dangereux qui existe.

Peux-tu nous expliquer comment tu as réussi à te faire accepter sur les bateaux de pêche ?
Alors là, il faudrait que je leur demande pourquoi ils m’acceptent… (rires), je pense que c’est un tout. Je ne suis pas là en touriste, je vais me répéter mais c’est un privilège de pouvoir les accompagner, je les respecte énormément. Alors quand il faut bosser après avoir pris les photos, je le fais, j’aide à la corvée de «pluche», la vaisselle, j’aide au niveau du tri du poisson comme je le peux. J’essaye de me rendre utile afin de les soulager un peu dans leur travail. Il faut rester humble, c’est eux qui bossent le plus, pas moi. Et puis je suis là pour les valoriser, jamais je ne publierai une photo où ils ne sont pas à leur avantage, les engueulades, les discussions animées sur le bateau restent sur le bateau, et donc ils savent bien que je ne suis pas là pour faire du « Closer » mais du « National Geographic ». Après c’est du bouche à oreille, le monde de la pêche est un petit monde, tout se sait à un moment ou à un autre c’est donc une question de confiance. Et puis il parait que je porte chance à bord au niveau de la pêche…… ;)

Peux-tu nous raconter une sortie du départ à l’arrivée ?
La sortie commence dès la maison avec les câlins à ma fille, les suivis de recommandations de ma moitié et de mon fils sur la prudence etc, etc. La préparation du matériel , des « vivres et médicaments » et l’étude de la météo. Ensuite rendez-vous sur le quai généralement vers 2h du matin pour l’embarquement et direction le large. Viennent ensuite les moments de pêches, la préparation des filets, à ce moment là, je cherche les gestes forts et les attitudes de l’équipage . Quand le filet est à l’eau je vais me concentrer sur les moments de « solitude » des marins, les moments de vie à bord pendant 2 à 3h. Puis vient l’instant où le filet remonte, là, dans les 5 minutes précédents l’arrivée de celui-ci on sent la tension dans les regards, il faut savoir les saisir, l’angoisse de connaitre le résultat du fruit de leur travail. Lors du déversement du poisson, je vais travailler énormément sur la vitesse et la lumière pour immortaliser en gardant du dynamisme, il me faut positionner l’homme et le poisson, le rapport humain/métier, privilégier l’un sans oublier l’autre.
Vient ensuite la période du tri ou généralement j’aide comme je peux , remise du filet à l’eau et enfin 2h de sommeil avant de remonter sur le pont pour la levée suivante. Ainsi de suite pendant 5 jours et nuits non stop. Sur un bateau on dort en fractionné quand on peut. Je me vois mal aller me coucher pendant 8h et laisser les hommes bosser. Je ne peux pas me permettre de laisser passer des scènes.
Parfois pendant 24h il n’y a rien d intéressant à prendre en photos mais il faut être là au cas où…. Il y a aussi les moments de confidences, les discussions sur tout et sur rien mais aussi sur des sujets plus profonds. Leur vie de famille, leurs difficultés pour gagner correctement leur vie. J’écoute , j’emmagasine sans jugement ce qui m’aide à mieux comprendre leur fonctionnement et qui m’aide à réaliser des clichés plus « prenant ». Après ce sont les sourires lorsque le capitaine annonce « route Terre », les hommes se détendent et l’on voit dans leurs yeux la joie de retrouver leurs proches. Alors nous arrivons au port, je finalise les clichés avec le débarquement et je rentre prendre une douche et me reposer. Le jour même j’évite de regarder mes clichés, j’essaye de patienter 24h puis vient le long long moment de post traitement et d’analyse des clichés. J’ai un carnet où je note certaines scènes et certains réglages. Carnet qui m’accompagnera au prochain voyage pour peaufiner des prises de vue et des cadrages.

Tu nous parles de la dangerosité du métier de pêcheur, peux-tu expliquer aux novices que nous sommes, quels sont les différents dangers rencontrés ?
Il ne faut jamais oublier qu’avant tout nous sommes sur un bateau au milieu de l’eau et que les pêcheurs vivent en vase clos. Les dangers sont multiples, outre les conditions météo, les câbles peuvent céder, les cordages s’emmêlés , le pont glissant associé au roulis du bateau rend l’équilibre précaire. Parfois il y a nécessité d’utiliser des outils pour réparer rapidement une avarie. Les filets peuvent s’accrocher tendant les filins des treuils et si ils viennent à rompre, ils fouettent le pont avec une force incroyable. L’utilisation des chaines d’acier qui se balancent de droite à gauche. Le fait également que l’on peut se blesser durant le tri du poisson et l’infection est alors possible. Bref c’est une vigilance de tout les instants.

Peux tu nous en dire plus sur ton bénévolat pour la sauvegarde des phoques et l’émission de Thalassa à laquelle tu as participé ?
Pour cette partie de mon travail photographique, le but est de réaliser des relevés photographiques sur les populations de phoques mais avant tout de faire un historique de l’évolution du milieu dans lesquels ils vivent. Ainsi 2 fois par mois je survole le littoral Calaisien pour voir l’évolution des bancs de sable où se reposent les colonies de phoques afin de déterminer les conséquences des travaux du port de Calais sur le milieu naturel. En ce qui concerne Thalassa, le reportage était tourné également vers les phoques et leur présence sur l’estuaire de la Baie de Somme où je devais prendre l’air en Autogyre pour montrer le travail photographique sur la présence des animaux en ce lieu.

Dans tes photos de paysage, la lumière de la Côte d’Opale est elle qu’on la voit dans la réalité, peux-tu nous en dire un peu plus sur tes techniques de prises de vue et ton traitement ?
La lumière de la Côte d’Opale est une lumière changeante et riche elle a été source d’inspiration pour de nombreux peintres au 19ème siècle avec l’école d’Etaples. Pour ma part ne sachant pas dessiner, je me contente d’essayer de la figer à des moments précis. Comme dans toute photographie de paysage, les moments privilégies sont bien sur le lever et le couché de soleil, mais je dirais « pas seulement » en effet dans la journée selon les entrées marines, le ciel se charge plus ou moins de nuages et c’est à ce moment que la lumière devient intéressante. Je n’aime pas photographier les ciels bleus, je préfère nettement les ciels chargés avec parfois des puits de lumière qui donnent à la mer des aspects surprenants. Mes techniques sont assez simples en fait, j’analyse avant les conditions météo avec le sens du vent et les données des radars. Ensuite sur le terrain je me positionne sur des pots que je connais selon la position du soleil. La 2 choix s’offrent à moi, la pose longue ou le cliché classique, toujours avec mon 10/22mm avec ou sans un ND 1000 et ouverture de 30 secondes. Je sais exactement au moment de la prise de vue le résultat que j’aurais et le post traitement que je ferais. Je n’utilise que Lightroom en terme de logiciel et je vais jouer sur les tonalités N/B et la présence avec quelques retouches par zone, notamment sur le 1er plan que bien souvent bon nombre de photographes oublient et bien sur, également sur la couche nuageuse. Je recherche la matière pour donner à la lecture de la photo sa pleine puissance.

Tu fais aussi de la photo animalière, tu as quelques conseils à donner aux lecteurs de F/1.4 ?
Disons que je ne suis pas un « pur » photographe animalier mais j’extrapole plutôt une scène dans un contexte plus « artistique » il y a tellement d’excellent photographe que pour me démarquer je préfère jouer sur le minimalisme des scènes ou au contraire sur les gros plans. Il faut s’armer de patience, analyser rapidement la composition et être super réactif. Ce n est pas « Scout toujours prêts » mais « Photographe toujours attentif et rapide. » Shooter un chevreuil c’est bien, le shooter en incorporant de la lumière, des détails, un milieu c’est mieux…

Tout ton travail de photographe est très ancré à ta région pour le moment, tu as d’autres envies de reportages dans l’avenir ?
Oui, heureusement , mais ce sont les possibilités financières qui manquent ainsi que le temps. Le travail de photographe est un travail très solitaire avec beaucoup de sacrifices en terme familiale. Or je ne souhaite pas que ma famille pâtisse de ma passion il me faut donc être très rigoureux sur mon emploi du temps pour savoir concilier vie privée et travail. Je voudrais partir 15 jours dans le grand nord sur un chalutier pour suivre la vie des hommes dans les milieu hostiles des mers du Nord mais il y a aussi bon nombres d’autre reportages qui me trottent dans la tête.. L’Alaska, l’Asie… mais toujours avec une approche double, une partie humaine avec des rencontres et une partie sauvage avec des paysages… Malheureusement les budgets et les sponsors manquent et pour l’instant ce ne sont que des projets.

Merci Fréderic !

Interview Fréderic Briois
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