Interview

Emmanuel Orain

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10 Minutes

Exifs

Nom / Emmanuel Orain
Age / 46
Situation familiale / Célibataire, pas d’enfants
Localisation IRL / Paris, France

Style de photo / Des humains : nus, portraits (et autoportraits), spectacles
Date de début de photo / 1987
Apprentissage / Autodidacte
Statut / AE & auteur
Date de début d’activité / 2006

Photographe préféré / Albert Watson, Andreas Bitesnich
Chanson préférée / Aucune
Film préféré / La cité des enfants perdus (Caro/Jeunet)
Livre préféré / The Book: On the Taboo Against Knowing Who You Are (Alan Watts)
Citation préférée / «La carte n’est pas le territoire» (Alfred Korzybski)
Région préférée / Paris
Gourmandise préférée / La tarte aux pommes

Une journée type en 5 mots / Regard, corps, lumière, silence, présence

Appareils photo / Trop pour les citer tous (tout ce qui prend une photo où je puisse contrôler le temps de pose, l’ouverture, la sensibilité et la mise au point, quitte à avoir à «bricoler» un peu avec les automatismes). En ce moment : Nikon D700 avec 24mm, 35mm, 50mm, 85mm, 105mm, Sony A7s & A6000 avec 19mm, 28mm, 55mm, 100-200mm, Mamiya C330s avec 80mm, 135mm … et tout ce que je peux emprunter sur place :o)
Logiciel / Photoshop

Emmanuel Orain

Quand on visite ton site, on se rend très vite compte que tu n’as pas que la photographie comme moyen d’expression puisque l’écriture est aussi très présente. Est-ce que l’un ne va pas sans l’autre pour toi ?
J’aime beaucoup l’écriture, c’est vrai. Je ne me sens pas du tout “écrivain”, cela dit, et je suis beaucoup plus attiré par écrire des choses très courtes, plutôt que des livres. C’est assez similaire à la photographie, en fait, pour moi. Quelque chose de très concentré, de très focalisé. Parfois, l’écriture et la photographie se complètent très bien, comme deux angles différents d’une même histoire, d’une même situation. J’ai commencé à expérimenter l’idée de mélanger plus intimement l’écriture et la photographie, avec du texte dans les photos elle-mêmes, et c’est quelque chose que je vais continuer à développer.

Quand je regarde tes photos et que je lis tes textes, c’est le mot «contact» qui me semble revenir très souvent, tu en as fait une série qui parle du «touché» mais tu parles aussi souvent du contact avec les gens qui posent pour toi, peux-tu nous en dire plus ?
J’ai toujours voulu photographier des personnes, des humains. La photographie est pour moi un des meilleurs moyens de nous approcher des autres, d’être en contact avec eux. Les prendre en photo crée un lien très particulier. Ce qui m’intéresse, c’est la présence de la personne sur la photo, avec un minimum de barrières, sans les protections que l’on maintient chacun autour de soi dans la vie quotidienne. Les portraits, particulièrement en studio, permettent ça. Cela peut passer par le visage, par l’expression, et aussi par le corps, ou les deux. C’est ce qui m’intéresse dans la photo de nu, et quand on obtient la présence de quelqu’un qui n’a plus la protection de ses vêtements, cette présence devient très forte, indéniable. Un humain sans rien d’autre. Je ne cherche pas à “documenter” quelqu’un, à montrer à quoi il ressemble, comment il vit. Je ne cherche pas à “parler” des autres ou à les “montrer”, mais à “être” avec eux. Le plus directement possible.

Tu as fait deux séries de 365 autoportraits, qu’est-ce que ces deux expériences t’ont apporté ?
Le premier 365 était surtout un défi envers moi-même. Le fait que ce soient des autoportraits était important pour moi : je suis assez introverti et je n’aime pas particulièrement me montrer, m’exposer … mais il me semblait important pour moi de me retrouver devant l’objectif, comme les personnes que je photographie, et à qui je demande d’exposer une partie importante d’elles-mêmes. Un autre défi était de savoir si j’allais être capable de tenir toute une année. Est-ce que j’allais avoir 365 idées ? Mais cette question a été rapidement résolue, en fait, et je me suis aperçu qu’il ne fallait pas trouver 365 idées, mais une seule, chaque jour.
Au fil des semaines, ce projet est devenu à la fois un prétexte parfait pour exprimer ce que j’avais en tête sur le moment, et un aussi une très bonne occasion d’explorer beaucoup de techniques de prise de vue, d’éclairage, de retouche. Le résultat est que j’ai fait beaucoup de progrès techniques … et que j’ai aussi découvert beaucoup de choses sur moi-même. J’y ai exprimé des choses que je n’aurais jamais pensé pouvoir exprimer en commençant ce projet.
Le deuxième 365 était assez différent. Cette fois, je n’avais aucune inquiétude sur le fait d’être capable ou non de faire une photo chaque jour, ou de publier des images de moi. Je l’ai commencé dans l’idée de m’imposer de faire quelque chose chaque jour, photographiquement… pour m’opposer à une forme “d’attente d’inspiration” (ou de paresse peut-être :-) ) que je sentais alors en moi. Avec une photo à faire par jour, il n’est plus question d’attendre. Finalement, il y a juste à laisser ce qui est déjà là sortir … et c’est le plus souvent suffisant pour avancer. C’était une façon de me reconnecter à toutes ces choses qui sont tout le temps là, en nous.

Dans tes 365 il y a beaucoup d’introspection ponctuée de quelques touches humoristiques comme si tu avais besoin de faire des pauses, arrives-tu à arrêter de te poser des questions ?
C’est vrai que je me pose beaucoup de questions. Mais je ne me force pas à me les poser, elles ne me prennent pas un effort particulier. Elles sont là, elles surgissent sans cesse. Un projet comme le 365 me permet justement de laisser ces questions s’exprimer, de les explorer, d’y faire face, plus ou moins explicitement. Sans forcément y répondre, d’ailleurs :-)
Je ne considère pas vraiment les touches humoristiques comme des pauses, au milieu de quelque chose de plus sérieux. Je crois que le mélange des deux correspond à ma façon de voir le monde, entre la complexité, la profondeur et la beauté qui le constituent d’un côté, et notre façon souvent absurde de rester en surface des choses de l’autre.

Tu parles beaucoup de ta soif d’apprendre, en photographie comment se traduit-elle ?
Techniquement, je suis de près tout ce qui sort (matériel, logiciels, techniques, éclairage). Je regarde beaucoup ce que font d’autres photographes. Internet aide beaucoup pour cela. C’était plus compliqué dans les années 80, quand j’ai commencé la photo. On trouvait beaucoup moins facilement les informations, dans des magazines ou des livres. On voyait beaucoup moins de choses. Je donne des cours aussi (des formations individuelles, et aussi dans un atelier à l’université). Transmettre est aussi une façon de me forcer à rendre ce que je sais aussi clair que possible, pour les autres, mais aussi pour moi, une façon d’être sûr de ce que je sais ou non. Et puis j’apprends aussi beaucoup de leur façon de voir les choses, différente de la mienne. Cela me permet aussi de prendre du recul, de ne pas m’enfermer dans une seule perspective.

Peux-tu développer le titre d’une de tes photos : «Votre corps est une maison dont vous ne pouvez pas déménager» ?
Beaucoup de gens n’aiment pas leur propre corps. Ce sont des personnes qu’il est difficile de convaincre de poser pour des photos. Et c’est bien dommage. Il y a beaucoup de gens que j’aimerais photographier, non pas pour montrer à quel point leur visage ou leur corps est “joli”, mais pour célébrer leur présence, en tant qu’humain. Mais en tant qu’humain, on ne peut pas faire entièrement abstraction du fait que nous avons un corps, et être humain c’est avoir un corps. Mais nous le rejetons trop souvent, nous espérons le garder cachés aux yeux des autres, de peur d’être jugés sans doute. Cela ne fait finalement qu’aggraver le problème, au lieu de nous en libérer. Nous agissons souvent comme si nous refusions d’avoir des invités chez nous… pas avant d’avoir une maison plus “belle”. Plutôt que passer son temps à regretter notre corps, il serait beaucoup plus sain de nous accepter tels que nous sommes, d’accepter que nous sommes des humains “entiers”, quel que soit le corps que nous avons aujourd’hui, et de nous recentrer sur les échanges que nous pouvons avoir les autres. Quand on passe un moment agréable avec quelqu’un, la taille ou la décoration de la maison perdent leur importance.

Il y a une «sous-série» dans ton dernier 365 qui est «Peut-on lire partout» connaissant ton amour de la lecture as-tu l’intention de la continuer ?
Il y en aura d’autres, oui. A propos, pour un site de critiques littéraires tenu par des amis, je viens de créer une page où des photographes peuvent exposer leurs photos de personnes en train de lire : www. onlalu.com/site/onlavulire

Pour rebondir sur la lecture tu as eu la chance de rencontré un écrivain qui a influencé ta vie, peux-tu nous raconter les circonstances de cette rencontre et tes impressions ?
Il y a longtemps, quelqu’un m’a donné à lire “L’homme qui voulait vivre sa vie”, de Douglas Kennedy. Certains aspects de cette histoire m’ont beaucoup marqué, dont l’importance de faire ce qui est essentiel pour soi, et l’inévitable impression de devoir laisser derrière soi certaines choses pour pouvoir avancer vers ce que l’on aime. Evidemment, cette histoire me touchait d’autant plus que le personnage principal avait toujours voulu être photographe! Il y a eu une période de ma vie où, pour me consacrer à la photographie, j’ai dû laisser derrière moi une forme de sécurité, une partie de la vie que j’avais vécue jusque là, et ce livre a alors pris une résonance particulière. J’avais parlé de ça à plusieurs personnes, dont certaines en ont parlé à d’autres, etc. et un jour j’ai reçu un appel d’une personne de la production de l’émission “Thé ou café”, qui préparait une émission avec Douglas Kennedy, et qui en avait entendu parler. Il se trouve qu’indépendamment de ça, je devais justement photographier Douglas Kennedy quelques jours plus tard, pour accompagner une interview pour le site onlalu. com. Finalement, ils sont venu filmer cette interview, et ils ont aussi fait un petit sujet sur moi et cette histoire. Ca m’a évidemment permis de passer un moment avec Douglas Kennedy et de lui raconter de vive voix l’écho que son livre avait trouvé en moi, ce qui était une chose très agréable à faire.

Tu fais principalement des portraits mais je trouve que dans ton travail les mains et donc «le toucher» ont une part importante aussi, tu as d’ailleurs fait une série appelée «Contact» qui en parle plus précisément, peux-tu nous en dire plus ?
Les mains sont très importantes. Avec le visage, c’est la partie du corps que nous exposons quasiment en permanence aux autres. Elles expriment beaucoup. Photographier les mains de quelqu’un est aussi intime que de faire un portrait de son visage. C’est pour cela que dans mes séries d’autoportraits, il y a beaucoup d’images où on ne voit que mes mains. La série sur le toucher était une exploration sur notre façon d’interagir avec le monde extérieur … notre peau est ce que les autres voient de nous, mais c’est par elle que nous sommes en contact avec le monde extérieur. Je voulais me focaliser sur ce point de contact, sur le «vocabulaire» avec lequel notre peau nous parle de ce qu’elle rencontre, et que nous pouvons tous reconnaître. Il y a dans ces sensations quelque chose de très personnel, de très intime, et à la fois d’universel, partagé par tous les humains.

Tu as exposé cette année au FEPN d’Arles une série intitulée «Multiples», comment t’es venu cette idée et qu’as-tu voulu exprimer par cette répétition du corps ?
Cette série dérive d’un projet que j’ai eu, avec une danseuse. Lors de la discussion avec elle, ce type d’image m’est venu en tête. Ensuite, je me suis dit que cela se marierait bien avec des photos de nus. Je suis depuis longtemps intéressé par multiplier les images d’une même personne. Un portrait unique montre un aspect unique de cette personne, prise à un moment unique. C’est une vision très partielle de cette personne, même si elle peut être très intéressante, très belle. Avec quelques portraits, notre façon de voir cette personne s’enrichit, elle devient plus complexe, plus nuancée. La question qui soustend la série «multiples» est : quelle image aurons-nous d’une personne après si nous pouvions en voir simultanément de nombreuses facettes ? Qu’en ressortirait-il ? Peut-être nous ne garderions pas en mémoire un détail de son visage ou de son corps, mais quelque chose de plus difficile à isoler. Un peu comme ce que nous retenons des personnes que nous croisons tous les jours, et que nous connaissons bien. Je n’ai évidemment pas de réponse définitive à ces questions. C’était très intéressant de voir les gens réagir à ces photos, à Arles, de les voir s’approcher pour voir les détails, reculer pour voir l’ensemble … et d’écouter les interprétations de chacun. Leur propre réponse en quelque sorte.

Peux-tu nous expliquer techniquement comment tu as réalisé cette série ?
Le principe est assez simple : je prends chaque image individuellement, devant un fond uni (bleu, typiquement). Ensuite, chaque photo est détourée, et puis je compose l’ensemble dans une seule grande image. J’utilise seulement des outils «standard» dans Photoshop … le seul réel secret est la patience que ça demande :o)

Pendant que tu bois de la verveine-menthe, est-ce que tu prépares d’autres séries ou projets ?
La série «verveine-menthe» a démarré comme une plaisanterie avec quelqu’un, c’est une sorte de «private joke». Quand je fais des portraits, chaque photo est faite indépendamment des autres, et pour être vue seule. Mais, en dehors de cela, j’aime aussi bien le principe d’avoir un sujet pour une série de photos, et d’explorer ce sujet, de s’amuser avec, d’autant plus si ce sujet est personnel.

Et enfin une question qui me taraude, as-tu retrouvé le fils de p…qui te défait les lacets ?
Pas encore … et ce qui m’inquiète, c’est que non seulement il me défait toujours mes lacets régulièrement, mais récemment, il m’en a aussi cassé un ! Il s’enhardit, l’animal … je ne sais pas jusqu’où il ira trop loin. (tiens … peut-être une idée pour une prochaine série !)

Lien vers la photo

Merci Emmanuel !

Interview Emmanuel Orain
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