Interview

Rodolphe Sebbah

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8 Minutes

Exifs

Nom / Rodolphe SEBBAH
Age / 57 ans
Situation familiale / Célibataire, trois enfants.
Localisation IRL / Paris, France

Style de photo / Street Photographie
Date de début de photo / 2005
Apprentissage / Autodidacte
Statut / Pro. Auteur indépendant
Date de début d’activité / 2012

Photographe préféré / Helen Levitt, Vivian Maïer, Saul Leïter … entre autres.
Chanson préférée / La robe et l’échelle (Francis Cabrel)
Film préféré / Les Duellistes (Ridley Scott)
Livre préféré / Les Misérables
Citation préférée / « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait « (Mark Twain)
Région préférée / La Dordogne
Gourmandise préférée / Baba au rhum

Une journée type en 5 mots / Observation – émotion – solitude – doute – plaisir.

Appareil photo / Nikon D600, 50 mm f1.4, 35 mm f.2, 28mm f.2.8
Logiciel / Photoshop Eléments

Rodolphe Sebbah

Tu dis avoir arrêté ton travail de diamantaire après avoir fait pendant quelques temps de la photo de rue, quelques heures le samedi, mais que ce laps de temps n’était pas suffisant. Maintenant que c’est ton activité principale combien de temps passes-tu en moyenne dans la rue à photographier ?
Entre 4 et 6 h. Parfois plus le week-end. Mais il n’y a pas de règles naturellement. Quand il pleut je vais m’abriter dans le métro, dans un café ou sous un auvent et j’essaie de regarder ce qui se passe. Parfois je rentre sans la moindre photo, parfois j’en ai une bonne. Les jours de chance j’en ai trois…

On te sent immergé dans la vie de la rue, avant de faire de la photographie, explorais-tu déjà Paris ?
En effet j’ai toujours aimé me promener dans Paris, dans les quartiers historiques et populaires principalement. A une époque je me baladais avec le livre de Jacques Hillairet « Connaissance du vieux Paris » et je me rendais aux endroits décrits par l’auteur, j’imaginais d’Artagnan rentrant chez lui rue des Fossoyeurs, Ravaillac attendant Henri IV pour l’assassiner rue de la Ferronnerie …

Comment choisis-tu les quartiers ou les rues où tu vas faire tes clichés ?
A l’envie tout simplement. J’aime les quartiers populaires où l’exiguïté des appartements oblige souvent les gens à vivre dehors et les enfants à jouer sur le trottoir. J’aime les rues pleines de monde où l’on sait qu’à chaque instant il peut se passer quelque chose. Mais je marche beaucoup, par conséquent je traverse plusieurs quartiers dans une même journée.

On perçoit dans ton regard une vraie humanité, tu nous donnes des instantanés de la condition humaine à Paris et en même temps on sent un regard très espiègle sur ce monde qui t’entoure, est-ce que les sujets abordés dans tes photos dépendent de ton humeur du moment ou uniquement des hasards des rencontres ?
Derrière chaque appareil photo il y a un homme avec son histoire, ses problèmes, son humeur, son humour … alors cela influe obligatoirement sur sa façon de regarder les choses. Si on a un soupçon d’humour on remarque forcément les scènes amusantes, les situations ridicules ou cocasses. J’aime me laisser surprendre, ne rien prévoir, me contenter de porter mon regard sur ce qui m’entoure et d’attendre l’émotion. On ne décide pas de prendre un sourire ou un regard, il arrive ou il n’arrive pas. Henri Cartier-Bresson a dit une phrase qui me correspond tout à fait : « En photographie quand on veut on n’obtient rien. Il ne faut pas vouloir, il faut être disponible et puis ça vient » .

Parlons un peu du droit à l’image, question que toute personne ayant fait des photos de rue s’est posée, comment composes-tu avec ce droit ?
C’est extrêmement simple. La loi m’oblige à aborder les gens pour leur demander l’autorisation de les photographier et si je ne l’ai pas fait, à leur courir après ensuite pour les en informer et leur faire signer une autorisation d’utiliser leur image…
Quel est le photographe de rue qui se livre à une telle mascarade ? Et si il le fait, comment ose-t-il se prétendre photographe de rue ?
Concrètement cela revient par exemple à aborder une fillette dans la rue et lui demander : « dis-moi ma grande, tu peux me refaire ce sourire et ce regard que tu viens juste de faire à ta maman quand elle t’a caressé la joue ? » Par conséquent j’ai résolu le problème depuis longtemps : je fais comme si cette loi n’existait pas.

Beaucoup de photographes s’essaient à un moment ou un autre à la photographie de rue, quels conseils peux-tu leur donner ?
N’avoir peur de rien, ne s’interdire aucun sujet, ne demander d’autorisation à personne. Sinon ils sont condamnés à photographier les arbres et les chaises vides dans les jardins publics.

Peux-tu nous expliquer comment se passe ta sélection après une journée de photo et pour une exposition ?
Quand on photographie des scènes de rue ou des gens en mouvement, à l’instinct et de façon spontanée, on n’a pas le temps de décider de l’instant exact où l’on va déclencher, tout se passe extrêmement vite alors il arrive qu’un sujet aie les yeux fermés ou la tête baissée ou une démarche inélégante ou qu’un élément extérieur vienne se mettre dans le cadre … alors une partie de ma sélection consiste dans un premier temps à éliminer ces clichés-là.
Ensuite je fonctionne à l’émotion tout simplement. Je préfèrerai toujours une photo moins réussie techniquement mais qui dégage une émotion à une photo techniquement parfaite qui ne déclenche rien chez moi.
A propos de sa pratique de la photographie de rue Willy Ronis disait : « il y a eu beaucoup de faux déclics dus soit à une mauvaise appréhension de l’évènement, soit à une maladresse, soit à la précipitation. C’est à la fois la grandeur et la servitude du genre. Et c’est ce risque permanent du ratage qui me fait tant aimer ce combat douteux ».
Quant à la sélection pour une exposition elle se fait conjointement avec la galerie qui l’organise, en fonction du thème, de la configuration du lieu et afin d’assurer une certaine homogénéité à l’ensemble.

Qu’est-ce qui guide ton choix entre la couleur et le noir et blanc pour tes photos ?
Encore une fois, l’émotion. Je suis devant mon écran, je fais des essais, je regarde ma photo en couleur, je vois ce qu’elle donne en noir et blanc et j’opte pour la solution qui selon moi coïncide le plus avec ce que j’ai ressenti au moment où j’ai vu la scène. Je « travaille » en format RAW par conséquent j’ai toute liberté de faire mon choix en post traitement.
Parfois je constate a posteriori qu’une photo dont j’étais persuadé qu’elle serait magnifique en couleur est plus forte en noir et blanc. Parfois j’hésite et j’en garde une version de chaque.
Parfois je prends une photo uniquement pour le jeu des couleurs, l’harmonie des tons, sans volonté de documenter ou de délivrer un quelconque message. Si je prends en photo une femme avec une robe rouge, un foulard vert et un sac rose qui passe devant un mur jaune sous un ciel bleu, ce n’est pas pour tout transformer en nuances de gris en arrivant chez moi !
Mais d’une façon générale mon regard « fonctionne » en noir et blanc.
Face à une scène je vois la photo en noir et blanc. De la même façon que j’ai relativement peu recours au grand angle qui à mon goût donne trop d’informations au détriment du sujet principal, je crains toujours que le regard du spectateur se perde dans tout un tas d’informations chromatiques.
Le noir et blanc correspond davantage à mon goût pour l’épuration et un certain minimalisme en photo.
Pour moi une photo est à l’image ce qu’une chanson est au verbe. Le poète peut raconter tout un monde en quelques mots, le photographe lui, peut le faire en quelques millimètres.

Pour certaines photos comme celles avec des affiches ou des messages écrits, est-ce qu’il peut t’arriver d’attendre longtemps l’arrivée de la personne qui fera la photo ?
C’est très rare. En général la scène est là et je n’ai plus qu’à faire la photo. J’attends uniquement quand j’ai la certitude que forcément la personne dont j’ai besoin pour ma photo va passer devant l’affiche et qu’il serait dommage de partir avant. Souvent j’attends devant une affiche ou un slogan sur un mur sans avoir la moindre idée de qui va passer. C’est comme un décor de théâtre auquel il ne manque plus que les acteurs.

Qu’est-ce que tu veux que tes photos provoquent chez le spectateur ?
C’est très rare que je me pose cette question. J’ai juste envie de partager une émotion.
La street photographie est une démarche solitaire, on fait les photos que l’on ressent, que l’on pressent, presque par instinct sans jamais savoir si ce que l’on a ressenti ou ce que l’on a vu en une fraction de seconde va être également ressenti et vu par ceux qui regarderont la photo. On est toujours seul avec nos questions et nos doutes.
Pour les photos où le trait comique est évident je sais bien que le partage sera facile, mais pour les autres je suis toujours étonné de ce petit miracle qui fait qu’en voyant ma photo de parfaits inconnus puissent ressentir la même émotion que celle que j’ai ressentie en un centième de seconde des semaines ou des mois auparavant. Parfois les spectateurs, qui eux ont du temps pour regarder la photo, m’en apprennent même sur ce que j’ai pu vouloir transmettre et dont je n’ai pas eu le temps d’avoir conscience.

Comment fais-tu pour passer un maximum inaperçu auprès des personnes que tu photographies ?
J’ai la chance de faire des photos dans la ville la plus photographiée du monde alors il y a des tas de quartiers où un type avec un appareil autour du cou est pratiquement invisible.
Pour les autres quartiers plus « chauds » où la présence de photographes est rare, voire mal venue, j’essaie de prendre l’air dégagé d’un touriste de passage ou au contraire d’un vrai pro qui est là pour un reportage et qui sait exactement ce qu’il veut. Mais dans tous les cas il faut agir très vite et tourner les talons immédiatement. Surtout pour les photos d’enfants.

Lors de tes promenades photographiques il a dû t’arriver quelques mésaventures ou anecdotes, peux-tu nous en conter quelques-unes ?
Oui en effet. Il m’est arrivé que des filles (ou des travestis) me demandent si je voulais bien monter chez elles pour faire des photos de nu. Je refuse toujours car ce n’est pas mon boulot et qu’en plus j’ai peur de tomber dans un traquenard où on me dépouillerait de mon matériel.
Mais ce à quoi je suis le plus souvent confronté ce sont les réactions d’agressivité.
Dans certains quartiers que je ne nommerai pas on me fait le signe de l’égorgement en se passant le pouce sur la gorge de gauche à droite, rien qu’à la vue de mon appareil photo.
Dernièrement Place de la République une bande de jeunes roms m’a encerclé pour tenter de me voler mon matériel. Je n’ai pu me dégager qu’en sortant de ma poche le couteau à cran d’arrêt que je porte toujours sur moi.
Une autre fois au Parc Monceau, un homme me voyant m’approcher d’une aire de jeu pour enfants s’est mis à hurler à l’adresse des mamans : « attention ! il y a un type qui prend des photos !!! »
Le plus surprenant pour moi ce sont ce que j’appelle « les petits flics du quotidien ». Des gens qui sont capables de traverser la rue depuis le trottoir d’en face pour venir vous demander sur un ton agressif pourquoi vous avez pris en photo telle ou telle personne, qu’ils ne connaissent absolument pas. Ou bien qui courent après quelqu’un en hurlant : « Madame, madame ! le monsieur là-bas il vous a pris en photo !!! ».

Pour le moment tu consacres ton temps à prendre des clichés dans Paris, mais aurais-tu envie d’explorer une autre ville ?
Bien sûr. Si j’avais le temps et les moyens j’adorerais passer un an à New-York sur les traces des photographes qui m’ont donné la passion de la street photographie. Mais pour l’instant il y a encore énormément à faire sur Paris.

Merci Rodolphe !

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