Interview

Iloé

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Exifs

Nom / Pardo Cécile
Pseudo / Iloé
Âge / 32
Situation familiale / Mariée, nullipare, possédée par un chat démoniaque
Localisation IRL / Paris, France

Style Photo / Reportage, mariage, portrait, paysage, urbex, photomontage,…
Début en photo / 1990 (avec un Nikon FM, dont je me sers toujours de temps en temps)
Apprentissage / Autodidacte
Statut / AE
Date de début d’activité / fin 2011

Photographe préféré / Ansel Adams peut-être, parce qu’il me donne envie de m’essayer au noir et blanc. Ça dépend des jours et du style de photo que j’ai envie de regarder.
Chanson préférée / Je suis très BO de films, peut-être celle du Voyage de Chihiro
Film préféré / Épouses et Concubines de Zhang Yimou, j’ai envie d’habiter dans le film
Livre préféré / En ce moment, La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio
Citation préférée / “Ce que la Photographie reproduit à l’infini n’a lieu qu’une fois.” Roland Barthes, La Chambre claire
Région préférée / Le Japon ! Gourmandise préférée / Un bon burger avec plein de bacon

Une journée photo type en 5 mots / Lever de soleil / bonne humeur / adrénaline / lumière / Photoshop

Appareil Photo / (liste non exhaustive) Nikon D3 | Nikon D800 | Nikon FM | Nikon F801s | Yashika 124G 14-24mm f2.8 | 50mm f1.8 | 24-70 f2.8 | 180mm f2.8 | 60mm macro | des flash en vrac | plein d’autres (vieux) trucs que j’utilise moins

Iloé

Tu fais de la photographie “commerciale”, de l’Urbex, du portrait, de la mise en scène, si on ne parle que photographie, car tu fais aussi entre autre de l’illustration. Comment fais-tu pour pouvoir allier toutes ces activités avec des journées de 24 heures ?
Je n’ai pas d’enfant et mon mari te dira que je le néglige.
Bon, sans rire, je me donne des deadlines assez drastiques dès que je travaille avec / pour d’autres personnes, pour m’obliger à ne pas trop traîner : 10 jours pour les clients, 5 semaines pour les collaborations. Par contre dès qu’il s’agit d’un reportage purement perso… J’ai deux ans de retard sur mes photos. Et niveau illustration, je n’en fais qu’une ou deux par an tant qu’il ne s’agit pas de boulot. J’aime bien être à flux tendu avec des dates de rendus pour des expos, ou travailler comme graphiste sur des projets comme des gamejams (jeux vidéos à concevoir et fabriquer de A à Z en 3 jours).
Et niveau hygiène de vie, je sors peu, et je m’interdis les loisirs trop chronophages comme regarder des séries… je n’ai pas le luxe de ce temps là, que je préfère conserver pour des activités plus (ré)créatives. Mais dans l’ensemble, c’est un peu un cercle vicieux, dès qu’on a un emploi du temps très chargé, on a l’angoisse qu’il soit vide, on le remplit de plus en plus et on se retrouve aux 35h. Par jour.

Explorer des lieux abandonnés c’est être un peu hors du temps, qu’en penses-tu ?
J’aime bien le paradoxe temporel des lieux abandonnés : les bâtisses vieillissent à leur rythme, sans la main de l’homme qui les a érigées, et se détériorent petit à petit, suivant leur chemin vers la décrépitude. Enfin il y a maintenant tellement “d’urbexeurs” que les lieux vieillissent plus vite, les meubles changent de place, des objets disparaissent… En contrepartie, il y a plus de découvertes d’endroits de charme. Ce qui est sûr, c’est que, contrairement à ceux qui arrivent à enchaîner 2, 3 visites dans la journée, j’aime bien prendre mon temps, retourner plusieurs fois sur le même lieu, justement pour profiter de l’instant présent, écouter les craquements d’une maison, observer les détails qui nous échappent forcément lorsqu’on a le nez dans le viseur. Et revenir plusieurs fois, c’est comme rendre visite à un ami, on voit des changements, on n’y peut pas grand chose, mais ça fait toujours plaisir de le voir.

Tu voyages aussi beaucoup et tu en ramènes des reportages photographiques, est-ce la même envie d’exploration que dans l’urbex ?
Qu’il s’agisse d’exploration urbaine ou de reportage de voyage, c’est surtout le même besoin viscéral de prendre des photos. Où que j’aille, quoi que je fasse, j’ai besoin de produire des images. Ce sont même les photos que j’ai envie de faire qui motivent mes voyages. Et éventuellement les explorations qui vont avec, comme lorsque je me suis rendue à Gunkanjima, une île minière abandonnée au Japon. C’est aussi pour ça que je ne vais jamais en vacances à la plage : la plage m’ennuie profondément, on y cuit, il n’y a rien à y faire et en plus ça met du sable dans l’appareil.

En 2010 tu as été à Tchernobyl avec Carlos Pardo, vous avez publié un livre “Tchernobyl 25 ans après”, c’est un lieu emblématique, peux-tu nous raconter ton expérience ?
Visiter Tchernobyl était une idée qui me trottait dans la tête depuis que je faisais de l’exploration, mais je pensais que cela restait trop dangereux pour être réalisable. Et puis, j’ai fait la connaissance de Benjamin, ingénieur au sein d’une grande société du nucléaire française, qui a expliqué que la radioactivité avait bien baissé, et qu’à moins de ne pas lécher les murs ou manger l’herbe, on ne risquait pas grand chose. Avec Carlos, nous avons demandé les autorisations au gouvernement ukrainien, nous avons embauché chauffeur et guide officiel, acheté des compteurs Geiger, et nous sommes partis. Et au final, nous avons plus pris de radiations durant le vol Paris-Kiev, que pendant une semaine à Tchernobyl.
Sur place, j’ai été sans cesse tiraillée par deux sentiments contradictoires. La peur de déambuler dans un lieu contaminé, qui a donné lieu à tant de spéculations et de statistiques contradictoires ; le crépitement constant des compteurs Geiger, le silence d’une ville où même les oiseaux ne chantent pas, le disputaient avec l’excitation d’être dans un gigantesque terrain de jeu photographique, une cité fantôme de 50 000 habitants qui avait été construite au top de la technologie pour célébrer la grandeur de l’atome durant la guerre froide.

Peux-tu nous raconter et nous expliquer comment tu as réalisé la série “Raven” ?
L’idée de la série est tout d’abord venue du lieu. Je visitais cet ensemble gigantesque de bâtiments abandonnés, quand, au détour d’un couloir, je suis tombée sur cette cage. D’où vient-elle ? Quelle était son utilité première ? Aucune idée. Mais vu son poids (difficilement déplaçable, mais elle ne résisterait pas non plus à quelqu’un de furieux qui se balancerait à l’intérieur), je pense qu’il s’agit d’un accessoire de tournage. Pour quel film ? quelle série ? Je n’en ai aucune idée. Mais lorsque je l’ai vue, je me suis dit qu’il fallait mettre quelqu’un dedans (et de préférence pas seulement Monsieur Glauqueland avec qui j’étais ce jour-là !). Et quelques semaines après, j’ai fait la connaissance d’Anwen qui est modèle et qui fait un peu d’urbex avec son mari. J’avais besoin de quelqu’un de confiance pour ce lieu afin qu’il reste confidentiel, et Anwen s’est révélée être la modèle idéale. Nous avons essayé de réfléchir au style toutes les deux ; j’avais ces ailes noires dans un placard depuis des années (le placard de photographe, celui qui est toujours plein d’un imbroglio impensable et hétéroclite de trucs “qui peuvent toujours servir”). Quand au maquillage, étant d’un naturel très timide, je n’aime pas être entourée de trop de monde pour un shoot portrait, surtout lorsque celui-ci se déroule dans un lieu où il faut rester discret. Je me suis donc improvisée MUA, en me disant qu’il suffisait d’utiliser le maquillage de la même façon que je poserais mes brush sur Photoshop. Et une fois que tout a été en place, il ne restait que les photos à faire, et c’est la partie facile.

J’ai vu sur ta page que tu avais comme projet de faire un clip / court métrage, peux-tu m’en dire un peu plus sur ce projet et sur tes envies futures ?
Il s’agit juste de sortir de ma zone de confort et d’apprendre de nouvelles choses. Je fréquente un peu le milieu des demoparties (sorte de grande communion geek de plusieurs jours, d’informaticiens qui perpétuent l’amour des vieux ordinateurs en programmant des espèces de clips qui tiennent en à peine quelques kilo octets) et il y en a une en Allemagne tous les ans, à laquelle on peut se présenter à plein de concours. J’avais envie de tenter quelque chose en vidéo, je ne sais pas du tout ce que cela va donner ! mais comme j’ai réussi à convaincre 5 ou 6 personnes de me suivre dans mon délire, il va bien falloir que je le mène à terme.
Pour les envies futures, j’aimerais faire des séries type “roman photo” pour des textes / poèmes du 19ème siècle, avec des auteurs tels que Poe, Baudelaire,… Le storyboard du Roi des Aulnes de Goethe est prêt, j’attends de voir où ça me mènera… Et j’ai également un projet de livre jeunesse (en illustration) sur les renards avec l’auteure des Enfants d’Evernight et de Soufflevent.

A la façon dont tu en parles j’ai l’impression que pour toi c’est plus le lieu que tu visites qui a une vie plutôt que les personnes qui ont pu l’habiter, est-ce que je me trompe ?
Du tout, pour moi chaque lieu a une présence, voire une personnalité : il se laisse plus ou moins bien capturer en photo, il cache parfois ses trésors au fond d’un grenier. Les propriétaires vont et viennent, chacun apportant au lieu certaines modifications, de plus ou moins bon goût, mais les murs restent et témoignent de ces différentes vies qui se sont succédées. Je pourrais donner en exemple, une “visite“ que j’ai faite en 2010, le Louxor, un ancien cinéma parisien construit dans les années 20. D’abord cinéma de quartier et décoré à l’égyptienne, avec moult dorures, mosaïques et colonnes, il a été intégralement peint en noir dans les années 80 lorsqu’il a été exploité comme boîte de nuit. Et maintenant, il est réhabilité, la peinture noire a été grattée mètre carré par mètre carré pour lui redonner sa patine dorée.

La série “Raven” ne t’a t-elle pas donné envie de réitérer l’expérience de créer une mise en scène dans ces lieux chargés d’histoire ?
J’ai une série sur les fantômes en cours, j’attends d’avoir suffisamment de clichés pour la sortir. La question de la mise en scène dans les lieux abandonnés pose problème à plusieurs niveaux : tout d’abord, je n’ai souvent pas d’autorisation pour visiter ces endroits, et ce sont souvent des lieux dangereux. Je n’ai pas envie que mes modèles se blessent, ou finissent au commissariat du coin, sous ma responsabilité. Enfin, les lieux restent plus longtemps préservés si leur localisation demeure inconnue du plus grand nombre : il suffit que la modèle revienne avec quelqu’un qui fera moins attention pour que la localisation du lieu circule. Cela a été le cas avec le Château des Singes : ce magnifique château du XVIIème siècle a vu un défilé incessant de photographes, de modèles,… Les peintures d’époque ont été lacérées, des objets volés, les murs tagués,… L’urbexeur se définit souvent par cette phrase : “On n’emporte rien d’autre que des photos, on ne laisse que des traces de pas”. Au final, avec le nombre grandissant des amateurs de lieux abandonnés, ce serait plutôt “Je fais tout dans les règles, ce sont toujours les autres qui volent / abiment / …”
Du coup j’ai vraiment besoin d’avoir confiance avant d’emmener quelqu’un en friche, et ce sont souvent les mêmes têtes qui reviennent !

Que t’apporte la photo de portrait, car c’est différent dans la démarche que la photo d’Urbex ?
Lorsque j’ai commencé à photographier des gens c’était plus pour le challenge, d’une part car j’étais maladivement timide, et d’autre part pour la gageure technique, car photographier une personne est autrement plus difficile que faire une série sur un lieu abandonné, ne serait-ce que parce que jamais une architecture n’ira se plaindre que l’on ne la prend pas sous son meilleur profil. Le portrait me permet aussi de me renouveler, car je visite des sites à l’abandon depuis 2006, et j’ai tendance à avoir mes routines, et les bâtiments présentent des similitudes d’architecture comme de détails, donc forcément, cela se ressent au niveau de la créativité des reportages.
Et maintenant, je crois que je suis de plus en plus accro aux gens, au défi que représente le fait de devoir élaborer le portrait de quelqu’un, qui à la fois soit flatteur et lui ressemble ; d’autant que nous sommes à une époque de boulimie de l’image où chacun possède des dizaines de représentations de lui-même. Qu’il s’agisse d’un book pour une modèle, d’une séance de portraits de famille ou d’un mariage, il s’agit de rendre une alchimie, la façon dont un visage prend la lumière, dont une personne se déplace ; et de se rendre suffisamment invisible et proche en tant que photographe pour que les personnes photographiées se détendent et donnent le meilleur d’elles-mêmes.

Quelle place prend la photographie de mariage et de famille dans ton travail ?
J’en fais autant que possible, même si j’ai tendance à moins montrer cet aspect de mon travail, à cause du côté “privé” du cercle familial. C’est évidemment ce qui me fait vivre comme photographe, car il ne faut pas se leurrer, il est très difficile de vivre du reportage, les journaux qui sont eux-mêmes en grandes difficultés financières, n’embauchent plus que des pigistes ou prennent des reportages «clefs en main» que les photographes financent de leurs deniers.

Écris-tu à propos des reportages photos que tu fais ? As tu une approche journalistique ?
Cela fait partie de mes projets, j’ai commencé une refonte de mon site avec l’histoire des lieux que j’ai visités, la raison de leur abandon,… comme le travail que j’avais fait en introduction du livre sur Tchernobyl. Mais c’est épouvantablement long, d’autant que j’ai à coeur de bien faire les choses. Après, mon métier, c’est vraiment plus l’image que les mots, et j’aimerais collaborer avec des écrivains ayant l’amour du verbe et qui seraient capables de mettre en mots l’histoire des lieux ainsi que les visites photographiques que je peux en tirer. Cela fait quelques mois que je suis en relation avec une journaliste de la NHK au Japon, j’espère un jour collaborer avec elle pour un reportage sur la zone de Fukushima, et sur l’île minière de Gunkanjima.

Quels sont maintenant les destinations qui te tiennent le plus à cœur et pourquoi ?
J’ai quelque chose d’inachevé avec l’île de Gunkanjima au Japon, j’aimerais vraiment y retourner plusieurs jours pour finir cette série. Sinon, en vrac, la zone de Fukushima pour la continuité du travail effectué à Tchernobyl mais autant avec une approche architecturale que portraitiste des gens qui y vivent encore ; les vieilles mines dans le Hokkaido (Japon encore), un ancien laboratoire d’armes chimiques sur la Mer d’Aral, la centrale de Lemoniz au Pays Basque… que des endroits glamour ! Mais souvent en relation avec le nucléaire, le déclin des industries et la fin de la Guerre Froide.
Et pour du plus glamour, j’aimerais beaucoup aller au Pérou, en Nouvelle Zélande, refaire l’Islande une quatrième fois avec du matériel décent, visiter le parc du Yosemite et la route 66 aux USA,… J’aimerais avoir l’opportunité de me poser en voyage, de rencontrer les gens afin de photographier autant les habitants que les paysages ou les villes dans lesquels ils habitent. L’endroit où cela m’a le plus manqué, c’est Kyoto : j’aurais tellement voulu arrêter le temps pour profiter du calme des temples, regarder les gens, dessiner… au lieu de cavaler après les clichés de cartes postales que j’ai ramenés !
Mais pour tout cela, il me faudrait plusieurs vies et un (ou plusieurs) généreux mécène(s).

Y a-t-il un lien fort entre ton travail photographique et ton travail de graphiste ?
De plus en plus, j’utilise des outils et des techniques d’illustration sur photoshop, pour apporter quelque chose de différent et d’irréel aux portraits. Je fais également quelques photomontages, mais j’ai tendance à trouver ça assez kitsch, il faut vraiment que ça s’intègre parfaitement… Mais des images de baleines volantes ou de dinosaures qui évoluent dans la ville, j’en ai plein la tête. Enfricher des villes modernes, aussi, mais c’est encore une fois une énorme masse de travail que je ne veux pas faire à moitié.

Et pour finir, T’arrêteras-tu un jour ? :)
Jamais ! Du moins, j’espère continuer à pouvoir consacrer autant d’énergie à l’image, parce que c’est aussi comme ça qu’une pratique artistique évolue et grandit, et que l’on se construit.

Merci Cécile !

Interview Iloé - Photo d'exploration urbaine
Interview Iloé - Photo d'exploration urbaine
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  • Il y a 4 mois 3 semaines
    Ellhege E.

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