Interview

Christophe Dillinger

Recevez votre formation Photoshop

offerte en créant votre compte F/1.4 rien qu'à vous

6 Minutes

Exifs

Nom / Christophe Dillinger
Pseudo / ePug
Age / 50
Situation familiale / En couple
Localisation IRL / Shawbirch, Angleterre

Style de photo / Experimentale
Date de début de photo / 2005
Apprentissage / Autodidacte
Statut / Artiste

Photographe préféré / Roger Ballen
Chanson préférée / Girl U want (Devo)
Film préféré / Apocalypse now
Livre préféré / 1984
Citation préférée / “Tous chez femmes y putes, ya qu’chez hommes qui sintent bon” (Raoul_de_Godewaersvelde)
Région préférée / Auvergne
Gourmandise préférée / Les rillettes

Une journée type en 5 mots / Colle, négatif, ciseaux, machine à écrire, encre de Chine

Appareil photo / Yashica Mat 124 G / Bronica SQ / Halina Viceroy / Seagull TLR
Logiciel / Photoshop de temps à autres

Christophe Dillinger

Peux-tu dans un premier temps nous résumer ton parcours photographique ?
J’ai commencé la photographie avec mon père, dans une chambre noire installée au grenier. J’avais dans les 15 ans et je travaillais avec un Nikon FM 2. Ensuite j’ai émigré vers la Grande Bretagne et j’ai trouvé un poste d’enseignant dans un lycée. A la même époque j’ai repris mes études et entamé une double licence, en art graphique et sciences de l’éducation ( que j’ai fait suivre par une maîtrise ). J’ai commencé à expérimenter de nouvelles techniques et débuté ma carrière d’artiste photographe, avec mes premières expositions et mes premiers livres.
Dans la foulée j’ai créé Square Magazine.

Tu n’utilises pas photoshop ou très peu et pourtant tu manipules tes photos, peux-tu nous expliquer tes différentes techniques ?
Mes techniques se divisent en deux catégories : la préproduction et la postproduction. Pour la première, je modifie les films avant de prendre une photo, la plupart du temps en insérant une couche de papier encré sur le film. J’utilise de l’encre, des pigments ou encore des épices ou du jus de fruits ( à peu près tout ce qui pourrait laisser une trace sur le média.)
En postproduction, je travaille sur le négatif. Je le passe dans ma machine à écrire, où je colle des bouts de papier quadrillé dessus. Ce sont là mes deux techniques usuelles, mais parfois je découpe les négatifs pour les recoller à d’autres, ou je badigeonne mes objectifs avec de la vaseline… En fait j’essaie de trouver un moyen de faire du photoshop sans ordinateur.
Il y a un autre principe en jeu dans mon travail, celui du » No undo «. Ca veut dire que je ne crois pas en la possibilité de retoucher une image. On a appuyé sur le déclencheur, il faut alors prendre ses responsabilités. Sinon, on ne prend pas la photo.

Ces procédés ne sont-ils pas une manière de créer ta propre réalité ?
Oh oui ! Je prends rarement des photos «normales». Ça ne m’intéresse pas vraiment : je préfère vivre, regarder et me souvenir. La photographie est sensée être une reproduction fidèle de la réalité, mais en fait elle est bien moins fidèle que, par exemple, le cinéma, qui restitue aussi le son et le mouvement. Donc d’une manière un peu perverse, je me sers de la photographie et de son statut de représentation de la réalité afin de modifier la dite réalité, en inventant des narrations alternatives, en brouillant les limites entre le vrai et le faux, l’histoire et la fiction.

Comment t’es venu l’idée de la série Typewriter et quelles difficultés as-tu rencontré pour la réaliser ?
La série Typewriter est née de ce désir de pouvoir raconter des histoires à la lisière de la vérité. elle est aussi issue du temps exécrable qu’on trouve en Angleterre, où il commence à pleuvoir en septembre pour s’arrêter en juin. Je ne pouvais pas sortir prendre des photos, mais j’avais accès à tous ces négatifs. Ma principale difficulté avec cette série, c’est de trouver un équilibre entre l’image et les mots. L’histoire alternative doit être intéressante, ou même humoristique, mais jamais fleur bleue ou trop évidante.

Est-ce que je me trompe si je dis que ça t’amuse de pouvoir dire que toutes ses séries sont faites sans photoshop ?
Ah oui ! Je me fais un malin plaisir de bluffer le spectateur. J’enseigne la modification numérique, donc tout ce que je fais avec mes bouts de papier, mes ciseaux et mon scotch, je pourrais le faire en deux minutes sur l’ordinateur, mais ça serait tricher d’une certaine façon. Je préfère me salir les mains.

Est-ce que le procédé ne risque pas de devenir plus important que la pris de vue ?
Ah ! Bonne question ! Je t’en pose une autre : c’est quoi une bonne prise de vue ? En fait, l’image ne me sert que de tremplin, dans le cas de la série Typewriter, texte et image forment un tout non dissociable. Quant à la série Swirls, un élément de chance est introduit dans l’équation prise de vue / rendu esthétique : je ne maîtrise que ma moitié du processus.

Justement dans cette série emblématique de ton travail as-tu eu beaucoup «de hasards malheureux» ?
J’ai eu des couches de papier qui se sont déchirées dans le boîtier, ou qui se sont collées à la pellicule… Mais en fait je ne pense pas que ces problèmes furent malheureux, non. J’embrasse l’incident, l’imprévisible, la chance, tout cela devient partie intégrale de la technique.

Tu as aussi eu une idée originale avec la série Hidden Negs, tu peux nous en expliquer la genèse ?
Je crois au caractère gratuit de l’art. Je crois aussi que l’art peut être distribué autrement que via les galeries. J’ai donc commencé à glisser des négatifs dans des livres, au hasard de mes déplacements. Il y avait mon adresse e-mail dessus, et certaines personnes ayant trouvé un des négatifs m’ont contacté. C’est un autre rapport entre artiste et spectateur.

Quelle était ta démarche avec cette série et quelle valeur donnes-tu aux négatifs du coup ?
Quelle valeur je porte aux négatifs… C’est difficile à dire. Ce sont des objets uniques. Si j’étais mondialement connu, on se les arracherait et ils vaudraient des millions. Comme je ne le suis pas, ils n’ont pas de valeur marchande. Dans les deux cas, ils contiennent autant « d’art » si l’on peut dire, ou tout au moins autant d’investissement personnel, et donc devrait « valoir » autant célèbres qu’anonymes. En fait ils ont de la valeur à mes yeux parce que le les ai donnés et qu’ils ont été trouvés.

En parallèle de ton travail d’artiste tu es depuis quelques années aussi professeur de photographie, tu peux nous en dire plus ?
Je donne des cours de photographie à des adolescents pendant la journée, et à des adultes le soir. Ce sont deux mondes différents, avec des besoins qui ne se ressemblent pas. Je travaille avec des collègues qui s’occupent de la partie technique, tandis que moi je me focalise plutôt sur le côté artistique. Je leur fais découvrir des photographes, je les fais réfléchir sur ce qu’est la photographie, ce genre de chose. Je n’hésite pas à être parfois outré et à leur montrer Tilchy, Mapplethorpe ou Araki.

Qu’est-ce que cela t’apporte dans ton travail personnel ?
Ce que ça rapporte, c’est de savoir qu’on a partagé sa passion. C’est une vocation. Avec un peu de chance, on a dirigé un jeune vers une carrière. Et il arrive souvent que les étudiants me fassent découvrir des artistes eux aussi. C’est un processus en boucle.

Tu es aussi l’instigateur et le rédacteur en chef de Square Magazine, un magazine de photographies en ligne, peux-tu nous en décrie les différentes étapes de sa création ?
Square Magazine, c’est une publication en ligne uniquement, gratuite, ouverte à tous et qui ne présente que de la photographie au format carré. On a tout de même fais fort dans certains numéros, avec Araki, Ballen, De Middel, Fink et d’autres moins connus mais tout aussi bons. En fait on travaille à deux, Yves Bigot (le designer) et moi. On reçoit plusieurs dizaines de contributions par mois, on fait un choix et on met en page. 

Tu l’expliques souvent, mais peux-tu le répéter ici, pourquoi le format carré ?
Pourquoi le carré. Eh bien je ne sais pas. C’est un peu comme les épinards. Il y a ceux qui aiment les épinards, et ceux qui les détestent. Moi j’aime le carré. Bon je ne déteste pas les rectangles hein, il en faut, mais ils me laissent froid, ils sont comme qui dirait branlant. Un rectangle, c’est un carré de guingois.

Par l’intermédiaire de ce magazine, des expositions et des résidences d’artistes sont organisées, il y a chez toi une grande envie de partager ou je me trompe ? ;-)
Tout à fait. Je suis autodidacte. J’ai inventé mes propres techniques après avoir maitrisé les bases de la photographie. Je crois qu’un des buts de l’individu est de croitre, d’évoluer. Etre un des maillons dans la chaîne de cette progression, c’est pour moi un honneur. Par exemple, quand j’organise des expositions, je me débrouille pour avoir une ou deux têtes d’affiches, et puis des artistes moins connus qui profiteront de la proximité de cette gloire : les grands supportent les plus petits, ils les tirent vers le haut. Je suis humaniste et socialiste. Je ne crois pas en l’élitisme, certainement pas dans le domaine de la créativité.

Merci Christophe !

Actualités

Le prochain numéro de Square Magazine sortira le 15 Octobre donc n’hésitez pas à vous abonner à la newsletter afin d’en profiter dès sa sortie !
Et si vous êtres intéressés à poser votre candidature pour une résidence, vous trouverez tous les renseignements sur le site dans la rubrique : Résidences !

Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger
Interview Christophe Dillinger

Comments

Votre adresse IP : 54.163.39.19

S'inscrire

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici !

Réinitialisation de mot de passe

Connectez-vous ici !

randomness